Micro-forêts et vergers : dans les rues de Bordeaux, l’opération verdure a commencé
C’est un sapin qui avait fait connaître le nouveau maire de Bordeaux, Pierre Hurmic, en 2020. Trois ans plus tard, la polémique autour du totem de Noël ne cache plus la forêt plantée par les écologistes en réponse à "l’urgence climatique" décrétée au lendemain de leur élection. Déjà 13400 arbres ont été mis en terre, et autant sont programmés en 2023, contre "600 plantations par an auparavant", souligne le premier magistrat. Et de pointer le mauvais exemple de la rénovation de la place de Tourny : un cercle parfait de façades XVIIIe, certes, mais "pas un arbre" dans ce désert minéral.
"Sécheresse, canicules, inondations : Bordeaux figure en rouge sur la carte des risques du gouvernement", alerte l’édile. La ville, réputée pour sa douceur océanique, a connu des montées de mercure inédites l’été dernier, jusqu’à 41 degrés. Alors Pierre Hurmic multiplie les plantations, "le meilleur climatiseur naturel" contre les îlots de chaleur urbain, selon lui. En été, les Bordelais rasent les murs de la place Pey-Berland, devant la mairie, pour échapper à la fournaise. Son principal occupant se félicite d’y avoir négocié avec l’architecte des bâtiments de France (ABF) l’installation de 18 arbres de haute tige. Et tant pis si leur branchage occulte de superbes immeubles, jusqu’ici pieusement mis en valeur par la politique patrimoniale.
Tant pis aussi pour le stationnement. A l’emplacement d’un parking de 12 places au croisement des rues Billaudel, Fieffé et Francin se dresse aujourd’hui un bosquet touffu, version locale de la micro-forêt Miyawaki. "On s’en est inspiré pour la gestion de l’eau, sans arrosage, et pour la croissance rapide afin de piéger le CO2", affirme Didier Jeanjean, l’adjoint chargé de la nature en ville. Sous les pavés évacués, le mauvais remblai de sable et de graves, caractéristique du sol bordelais, a été mélangé à des copeaux de bois, sans terre rapportée. La sélection naturelle fait son ouvrage dans les 25 essences d’arbres et d’arbustes, au-dessus d’un fouillis végétal de 65 variétés d’herbacées, pris d’assaut par les insectes butineurs. Un écosystème où la décomposition des feuilles mortes et des radicelles reconstitue la matière organique fertile.
La "renaturation" des boulevards
D’autres micro-forêts ou parfois des vergers plus classiques, pour satisfaire l’incontournable ABF, pousseront bientôt dans les carrefours, sur "les triangles bitumés qui ont souvent pour seule fonction d’offrir quelques places de parking", pointe Didier Jeanjean. Les rues qui encerclent les squares, "inutiles pour la circulation, sinon pour se garer", disparaîtront. Autant d’hectomètres de goudron à faire sauter afin de désimperméabiliser les sols et de restituer l’humidité dans l’air.
La "trame verte" bordelaise, à la fois source de fraîcheur et puits de carbone, avance par cercles concentriques autour des écoles. La ville a voté la végétalisation de 115 cours de récréation sur dix ans et de 80 "rues aux enfants" devant ces établissements. Une dizaine de grands axes seront également mis à sens unique pour élargir la piste cyclable, séparer la voie de bus et, encore et toujours, multiplier les plantations.
"Ce serait trop facile de n’agir que dans les parcs et jardins. Il faut traiter aussi les rues. On agit au détriment de la voiture, mais on assume notre choix", revendique Pierre Hurmic. "Dans l’idéal, on aimerait supprimer un stationnement sur quatre pour y mettre un arbre, mais ce sera pour le prochain mandat", lance Didier Jeanjean. A cet horizon aussi est annoncée la "renaturation" des boulevards, consistant à entourer la ville d’une grande ceinture végétale et protectrice. A condition toutefois d’être réélu…
