Capsules de café en aluminium : quelles alternatives écologiques ?
Humoristes, entrepreneurs, chefs d’orchestre, couvreurs ou même influenceurs, ils s’activent pour lutter contre le dérèglement climatique. Pour L’Express, les étudiants de l’Institut Pratique du journalisme Paris Dauphine sont partis à la rencontre de petits et grands acteurs de l’action climatique en France.
Plutôt allongé, expresso ou cappuccino ? Véritable allié des pauses au travail ou du coup de fouet matinal, le café est un incontournable pour beaucoup de Français. Selon WWF, il s'agit du sixième produit importé qui engendre le plus de déforestation tropicale. L’empreinte carbone varie en fonction des modes d'utilisation, mais un système pose un problème spécifique : celui des capsules. Si elles permettent de consommer moins d'eau et de café, les bouts d’aluminium dans leur emballage ne parviennent pas forcément à être recyclés.
Des méthodes de remplissage innovantes
Pour lutter contre ce phénomène, certaines entreprises innovent, comme Caps Me. Le projet a été lancé par Thibault Louvet et Jean de Boisredon pendant leurs études. "On avait chacun une machine à café Nespresso à la maison, raconte Thibault Louvet. Ça nous faisait un petit pincement au cœur à chaque fois qu’on devait jeter les capsules usagées. On a essayé de les réutiliser, mais c’était trop compliqué."
La nouveauté de Caps Me demeure dans sa méthode de remplissage : un petit shaker qui insère la bonne dose de café dans la capsule. A seulement 24 ans, Thibault Louvet fait la démonstration de son produit, pull de son entreprise, jaune et blanc, sur le dos : le shaker est rempli de café moulu, une capsule en inox est insérée dans sa partie basse. Après un mouvement digne d’un barman expérimenté, il ne lui reste plus qu’à coller un opercule sur la capsule avant de pouvoir faire couler son café.
Pour allier social et écologie, toute leur production se fait à Palaiseau (Essonne), dans l’Établissement d’Aide par le Travail (ESAT) La Cardon, qui emploie des personnes handicapées mentales. Une vingtaine de personnes travaillent dans les ateliers, du montage des produits jusqu’aux boîtes d’envoi. L'ambiance est studieuse, chacun est attelé à sa tâche. Tout l’assemblage est réalisé à la main, grâce à des petites presses créées sur mesure pour assembler les pièces entre elles.
"Ici, au début, on produisait 300 shakers par jour. Aujourd’hui, c’est plus de 3 000 !", se réjouit Thibault Louvet. Toujours dans un souci d’attention au climat, la majorité des composants sont fabriqués en France. Les jeunes entrepreneurs ont même pour projet de fabriquer leurs capsules en inox réutilisables dans l’Hexagone.
Caps Me importe son café du Brésil et de la Colombie. Leur objectif d’ici 2025 est de réaliser 50 % de leurs importations grâce à des voiliers cargo, qui réduisent l’impact du transport sur l’environnement.
Une amélioration du recyclage
Les grandes entreprises productrices de capsules s’engagent aussi. Dès 2008, Nespresso cherche à développer le recyclage. "On a travaillé avec des centres de tri pour installer des machines à courant de Foucault." précise Antoine Mery, responsable communication de Nespresso France. Ces machines permettent de séparer les déchets aluminium des autres. Il y en a désormais dans 54 centres de tri en France. En 2022, cela représente 3 900 tonnes de petit aluminium recyclées, des capsules aux emballages de médicaments.
"On estime que 25 % des capsules Nespresso sont recyclées. On a pour objectif d’ici 2025 de passer à 50 %" explique Antoine Mery. D’autres acteurs comme Nestlé France ont suivi le mouvement, avec la création en 2019 de l’alliance pour le recyclage des capsules en aluminium.
Et même si le recyclage de ces petites dosettes s’améliore, les entreprises cherchent des moyens pour utiliser moins d'aluminium. Nespresso s’apprête à lancer des capsules en papier compostables sur quelques-uns de ses cafés début juin.
Essayer de produire français
Au-delà des capsules, la production des grains et son utilisation dans la machine constituent la plus grande partie de la pollution. Le transport reste un point important de l’impact environnemental du café. La plupart des producteurs se situent en Amérique du Sud et en Afrique, alors que les plus gros consommateurs sont les pays du nord de l’Europe : la Finlande, les Pays-Bas et la Suède aux premières positions. Cette production est menacée, notamment en Afrique, à cause du réchauffement climatique. Alors pour pallier ces problématiques, certains ont décidé d’essayer de produire du café plus proche et dans des zones moins chaudes.
C’est le cas de Jean-Marc Sanchez. Il a fondé la marque Acapella qui torréfie et vend du café. Il essaie depuis 2021 de cultiver son propre café dans le sud de la France, plutôt que de l’importer. Près de quatre hectares près de Perpignan où les caféiers poussent à l’ombre des panneaux photovoltaïques. Précurseur en France, Jean-Marc Sanchez est donc confronté à nombre de problématiques que personne n’avait rencontrées avant "c'est une longue période d'apprentissage. Par exemple, on a appris que le gel n'est pas bon pour les caféiers, et qu'ils peuvent être attaqués par des chenilles", conclue-t-il. D’autres tentatives ont été lancées en Italie et en Espagne. Il faudra encore attendre un peu avant d’en déguster le jus : 5 ans entre la plantation et la première tasse de café issue de ces grains.
