L'avion électrique pointe le bout de son nez en France
Depuis ce mardi, les vols réguliers de moins de 2 h 30 sont interdits en France s’il existe une alternative ferroviaire. Ces liaisons seront-elles un jour relancées grâce aux avions « zéro émission » ? On en est loin, mais la présentation, mercredi 24 mai, d’un petit aéronef électrique biplace à l’aéroport de Bron (Rhône), géré par Vinci, montre que le secteur avance. « Quand, en 2013, nous avons commencé à parler d’avion électrique, nous ne recevions que rires et ricanements », se souvient Jean-Luc Charron, le président de la Fédération française aéronautique (FFA).
« Mais puisque nous avons annoncé la décarbonation complète pour 2050, ce petit avion est une preuve que nous avançons, il crédibilise nos promesses. Ce n’est qu’un début, mais ce début est fantastique ».
Si les projets d’avions électriques de tourisme se multiplient (les spécialistes en dénombrent environ 100 à travers la planète), le biplace de Bron est le seul à être homologué.
Fabriqué par le Slovène Pipistrel, le Velis Electro a une autonomie d’une heure environ, selon les conditions de vol. Il lui en faut autant pour être rechargé. Pour se l’offrir, il fat débourser 200.000 euros, à peu près autant qu’un aéronef thermique. En France, il a déjà séduit une trentaine d’acquéreurs, soit un tiers de la flotte totale de Velis. Et c’est assez logique car la France est, après les États-Unis, le pays où circulent le plus d’avions privés.
— Laurent Bernard (@Lechotier) May 24, 2023
À Bron, il ne servira pas à transporter des passagers, mais à l’instruction de futurs pilotes. Et aussi à apaiser les rapports avec les riverains du petit aéroport coincé en pleine banlieue lyonnaise : le Velis émet trois fois moins de bruit qu’un avion à moteur thermique, et on a pu s’en rendre compte aisément au moment du décollage d’un jet privé. L’aéroport de Bron sert essentiellement au tourisme d’affaires, ainsi qu’aux vols d’urgence (sécurité civile, dons d’organes).
Retrofit à Grenoble, hybride à RochefortLe principal défaut du Velis, finalement, est qu’il est slovène. « C’est pour cela que nous ne l’avons pas acheté, mais le louons », dit Stéphane Pernod, la vice-présidente LR de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, partenaire financier de l’opération. Des projets sont bien en cours dans la région, « mais ils n’en sont pas à l’homologation », regrette-t-elle.
« Pour certains fabricants français, les certifications sont en cours, d’autres attendent d’être plus avancés pour faire la démarche », indique Jean-Luc Charron. Parmi les projets les plus avancés, le président de la FFA cite la société Aviathor, en Isère, qui réalise du retrofit (remplacement d’un moteur thermique par un autre n’émettant pas de CO2). Ou encore la société VoltAero qui vient d’annoncer la construction d’une usine à Rochefort (Charente-Maritime) afin de fabriquer des avions hybrides de quatre à six places.Quant aux vols commerciaux, l’avionneur Airbus s’est fixé 2035 comme échéance et communique régulièrement sur de nouvelles avancées technologiques.
Laurent Bernard
