À propos de Jean-Louis Murat : "Il est de ceux dont tu peux dire 'j’ai la chance d’avoir partagé des moments rares avec eux'"
Ce serait une déclaration. Une fois de plus, une fois de trop aujourd’hui, tristement, malheureusement : Jean-Louis Murat était un immense auteur, un immense compositeur, un immense artiste. Un travailleur infatigable.
Il est mort jeudi, chez lui, sur les hauteurs d’Orcival où nous lui avons rendu visite à plusieurs reprises au fil d’une discographie qu’un best-of célèbre aujourd’hui même. Sombre hasard. Parmi ces différentes visites, il y avait eu celle-là, un jour de juillet. Il faisait très beau. Interview au programme de celui qui n’en était pas tellement amateur. Le faire chez lui, dans sa ferme, était un vrai privilège.
"Parce qu’il avait en lui quelque chose d’extraordinaire..."
Nous avions commencé à discuter de tout, de rien, de son album à sortir, il s’agissait alors de Tristan ou du Cours ordinaire des choses. Mémoire diffuse. Il y avait interview mais Jean-Louis l’avait interrompue… pour regarder la fin de l’étape du Tour de France. La télé était toute petite dans cette pièce chargée de bouquins à l’étage de la grande maison qui regarde droit dans les yeux les roches Tuilière et Sanadoire. Il était archi-fan de vélo, Jean-Louis, de foot également, de sport en général, et adorait les champions, pas seulement Bahamontes chanté sur l’album Grand Lièvre en 2011.
"J’aime les champions, les héros. J’aime leur travail, leur intelligence, leur sens tactique". Il en était un. De la chanson. L’idée ne colle pas : champion-chanson, mais il en était un, depuis des dizaines d’années. L’on va ici évoquer l’album originel Cheyen Autumn, ouverture parfaite vers un monde fait de chefs-d’œuvre dont Dolorès évidemment.
On l’a peut-être un peu oublié pour sacrifier à ce que l’époque demande, du buzz et des coups d’éclat ; donc on a parlé de ses envolées sur des plateaux télé, notamment. Il est devenu le Jean-Louis grande gueule. Mais nom d’un chien qu’il était bien au-delà. Énorme caractère certes, sujet aux pleins et déliés, aride parfois, mais également monstre de gentillesse, de sensibilité, d’attention autant que de belle humeur. Jean-Louis, il adorait se marrer.
De cet accent régional caractéristique, cet après-midi d’été et d’étape, il commentera lui-même le sprint final, joyeux et excessif.
"Il fait partie des gens dont tu peux dire j’ai la chance d’avoir partagé des moments un peu rares avec eux ; chez lui, là-haut, quand tu es face aux montagnes et qu’il te raconte à la fois plein de conneries, puis qu’il te parle de foot, puis de poésie, puis de politique, puis de ce métier qui ne lui faisait pas de cadeau mais auquel il n’en faisait pas non plus, enfin, tu vois ce que je veux dire… […]", raconte à son tour Didier Veillault, directeur de la salle de concerts La Coopérative de Mai, à Clermont, pendant plus de vingt ans.
"Jean-Louis fait partie des artistes essentiels de la chanson rock, il a fait des choses incroyables. Il y a quelque chose que j’ai du mal à définir en fait. Il y a le mec rare, qui est là, à côté de nous, mais il y avait aussi une forme de distance parce qu’il avait en lui quelque chose d’extraordinaire. Il était l’un des plus beaux poètes, vraiment extraordinaire, j’insiste. Un artiste au sens absolu du terme, avec tout ce que cela représente de choses complexes liées au doute […]. C’était aussi un peu un guide pour pas mal de musiciens de la région".
Un mot que reprend à son compte l’un des Rancheros - les neveux de Zorro, nous les copains de Bernardo - du nom du groupe créé autour de Jean-Louis avec quelques complices dont Stéphane Mikaelian : "Oui, c’était plus qu’un ami fidèle, sur lequel tu savais pouvoir compter tout le temps, c’était vrai un guide. Je me souviens de tant de choses qu’il a pu me dire et se sont avérées. Je parle de musique mais pas seulement. Jean-Louis c’était notre chef de bande. Et puis tu sais, on n’en parle pas souvent car on le voit comme un écorché-vif, ce qu’il était aussi d’ailleurs, mais Jean-Louis il était super-drôle. Grave" !
Il était… Et c’est dingo de dire ça. Lui qui encore ces jours derniers était en studio aux côtés notamment de son ami Denis Clavaizolle à travailler sur de nouveaux morceaux... Jean-Louis Murat, le môme éternel, s’en est allé. Comme tout est triste dans l’air, tout est à côté, ami voilà ma prière, voilà mes pêchés…
Julien Dodon
