Pourquoi la SPA de Tulle a-t-elle instauré une liste d'attente pour les abandons ?
Dans leurs bras, sept chiots d’environ trois mois. Depuis quelques jours, Agnès Bassinet, la responsable de la SPA de Chameyrat et les bénévoles bichonnent ces nouveaux arrivants qui détonnent un peu dans le refuge : « on n’a quasiment pas de petits. Ceux-là ont été laissés juste à côté », confie celle qui doit gérer une structure saturée. Un phénomène qui s’aggrave depuis décembre dernier.
Le refuge est saturé« Actuellement, nous accueillons 60 chiens et 100 chats alors que notre capacité est de 50 chiens et 60 chats. On a aussi deux lapins nains, indique la responsable. Le refuge fait aussi fourrière donc quand un animal est découvert sur une commune partenaire, elle nous l’amène. Il faut donc aussi que nous puissions les accueillir. Mais actuellement, nous n’avons plus aucune place sauf pour ces animaux qui arrivent en fourrière… » Dans les chenils, beaucoup de gros chiens comme des américain staff et des malinois.
Il y a les animaux qui sont abandonnés suite à une séparation, à un déménagement, à un départ en Ehpad mais ce que nous constatons de plus en plus et ce qui fait que le refuge est plein, c’est le manque d’éducation donnée aux chiens de grande taille qui finissent ici parce que les maîtres ne savent plus les gérer
Pas la cause de l'inflation...
Pour Agnès Bassinet, l’inflation du prix des aliments pour animaux est peu la cause des abandons. « Quand les gens nous disent qu’ils ont des difficultés pour les nourrir, on trouve toujours une solution. Je pense vraiment que la difficulté réside dans le manque d’éducation apporté aux gros chiens qui nécessitent aussi des assurances, des déclarations… On a des chiens qui arrivent ici parce que les propriétaires ne savaient pas qu’il fallait les déclarer et qui ne veulent pas le faire. » Dans un box, deux gros chiens attendent que quelqu’un les adopte. Ils vivaient abandonnés sur un terrain. « Les gens ne se rendent pas compte quand ils prennent un animal qu’il a besoin d’être éduqué, rappelle Agnès Bassinet. Un chien qui ne l’est pas n’obéit pas, il peut fuguer, il peut faire des dégâts… C’est alors que les propriétaires les amènent à la SPA. »
... mais du manque d'éducation donnée aux chiensCar un chien de grande taille a besoin de se dépenser. « Actuellement, c’est la mode des gros chiens mais ils ont besoin de travailler, de bouger sinon ils deviennent agressifs. Si ici au refuge, on ne les fait pas travailler, si on ne les sort pas, ils s’énervent ». À ce défaut d’éducation, s’ajoute un défaut de sociabilité : « On récupère des chiens qui n’ont jamais vu personne, qui vivaient sur un terrain clos et donc qui ne supportent pas leurs congénères… », ajoute-t-elle. Ce qui pose problème d’une part pour leur vie au refuge et pour leur éventuelle adoption. « Ces chiens doivent être mis dans un box mais seul, ce qui pour nous est une difficulté parce que nous ne sommes un grand refuge, précise Agnès Bassinet. Comme nous sommes dans un département rural, souvent les gens qui pourraient adopter ont déjà un chien donc ceux qui ne peuvent pas vivre avec d’autres animaux parce qu’ils n’ont pas été socialisés sont difficilement adoptables. »
Déjà une dizaine de chiens sur la liste d'attenteD’où la saturation du refuge qui, pour la première fois, vient d’instaurer une liste d’attente pour… les abandons. « On a tellement de demandes d’abandons… et pas de place. Alors on a instauré une liste d’attente qui actuellement compte une dizaine de chiens, que de grande taille », précise-t-elle. Sur cette liste, les chiens sont notés et dès qu’un box se libère, le propriétaire qui abandonne, est appelé. Avant qu’un box ne se libère, il peut se passer « deux ou trois mois, l’attente peut être longue mais parfois elle peut permettre au maître de réfléchir en espérant qu’il change d’avis... ». Mais il y a des urgences : « il y a des propriétaires que l’on ne sent pas, on voit à leur comportement envers le chien (absence de regard, de geste… N.D.L.R.) que si nous ne le prenons pas de suite, il va être abandonné dans la rue, dans la forêt. On trouve alors une solution, on se débrouille », précise la responsable qui voit « de plus en plus de maltraitance animale depuis un an et demi ».
Besoins. Outre des bénévoles pour aider le refuge, celui-ci a besoin de fromage fondant pour y insérer les médicaments, de saucisses pour les récompenser lors des exercices d’éducation ainsi que de friandises, de couvertures. Pour tout renseignement : Tél. 05.55.27.26.81.
Estelle Bardelot
