Eric Fottorino : "La culture, c’est tout simplement réinventer la manière d’être ensemble"
L’équipe de Clermont-Ferrand Massif central 2028 a beau être concentrée sur son dossier de finaliste, elle continue par ailleurs à mobiliser. Une série de rencontres a eu lieu tout dernièrement autour d’un numéro spécial de l’hebdomadaire Le 1, conçu en partenariat avec la candidature clermontoise.
Eric Fottorino, journaliste et écrivain, fondateur de cet hebdomadaire, était à Clermont-Ferrand pour creuser la question des préjugés dans le domaine de la culture, de mettre en avant ces faiblesses qui pourraient bien se révéler être des atouts… Et ainsi lever des doutes quant à la capacité de Clermont et du vaste territoire qui l’entoure à décrocher le titre en 2028.
C’est quoi le débat ?"Est-ce que la culture c’est quelque chose de cloisonné, avec des prés carrés et des frontières et des préjugés, le tout amplifié par les communautés des réseaux sociaux ? Ou est-ce que la culture c’est précisément être surpris, être ouvert à des influences très multiples, être aussi le terrain de jeu des “amateurs cosmopolites” qui se nourrissent de tout ce que le monde a à offrir grâce à la technologie numérique, de Games of Thrones à Shakira en passant par Naruto ? Cela doit conduire à répondre à la question : comment on devient soi-même pluriel en acceptant l’influence des autres qui ne nous ressemblent pas ?"
Quelle est la limite à cet accès immédiat à la “culture monde” ?"Comme pour tout apprentissage d’un savoir, il faut des femmes et des hommes capables de guider, de recontextualiser, de faire entendre, de faire voir ; des personnes qui savent déjà les codes. Et bien sûr, rien ne remplacera les institutions, les lieux d’accueil et de représentations comme les théâtres, les cinémas, les médiathèques. Je suis assez positif là-dessus.
J’écris des livres depuis quelques années déjà, je suis invité à en parler à travers la France et je découvre toujours des lieux nouveaux, modernisés, accueillants, agréables. Il y a cette étincelle de la culture qui apparaît sous des formes très variées. Il me semble que le maillage de l’accès à la culture s’est amélioré ces vingt dernières années."
Qu’est-ce que vous aimez avant tout dans la culture ?"J’aime bien l’idée d’être surpris, voire bousculé. Par exemple, je ne connais pas le hard rock et je ne suis pas sûr que mes oreilles supportent, mais peut-être que je me trompe. Ça n’a pas de sens de tout aimer, mais il faut essayer de tout connaître, d’avoir une idée, de savoir d’où ça vient…
Il n’y a jamais d’art gratuit, quelles que soient ses formes, il est toujours le fruit de frottements dans une société et fait éclore quelque chose. On a l’habitude de dire qu’il y a tout derrière les écrans, surtout ce que l’on cherche. Il faut aussi savoir les fermer pour aller voir et entendre l’art partout où il retentit."
Craignez-vous que cette culture des écrans éteigne la culture des territoires ?"Pour ce numéro spécial de l’hebdomadaire Le 1, on a bossé sur la culture des bals et notamment la bourrée à trois temps. On a vu comment les jeunes générations ont cherché dans un patrimoine ancestral et comment elles ont réussi à le contemporanéiser. On peut toujours donner un nouvel éclat à bien des cultures de nos territoires. Cette culture des territoires renforce d’ailleurs la culture en général, parce que c’est un marqueur d’envie, d’ouverture, de mémoire. J’aime beaucoup la notion de retro-futurisme."
« Il faut aller chercher dans ce patrimoine culturel ce qui nous parle, ce qui raconte encore des choses de nous, tous ces élans qui permettront d’écrire le XXIème siècle. Il est très dématérialisé certes, mais je pense qu’il va y avoir un retour de bâton. Les écrans vont créer un besoin de se voir. On le constate avec le retour en force du public dans les salles. »
"La culture, c’est tout simplement réinventer la manière d’être ensemble. Et comme avec le grand retour du vinyle qui prouve qu’on a resacralisé l’objet, je pense qu’on va resacraliser les lieux de culture à partir d’une culture non pas morte, mais revivifiée. Tout ça se passe en ce moment. On est dans un ici et maintenant."
Propos recueillis par P.-O. Febvret
