De propriétaire de bar à clerc d'huissier, le parcours insolite du Montluçonnais Marc Fervel
Pour les anciens du lycée Mme de Staël, à Montluçon, c’est Marco, patron du Galopin (lui-même dit le Galo), qui a tenu le café situé en face de leur établissement de 2010 à 2017.
"Je ne reste pas les deux pieds dans le même sabot"Aujourd’hui, c’est Marc Fervel, clerc significateur auprès d’un huissier de la ville. Il est employé de l’étude depuis deux ans. Une reconversion pour le moins étonnante, d’un point de vue extérieur. Quand on interroge le Montluçonnais de 51 ans (le 30 mai prochain), on se rend compte qu’il s’agit d’une transition cohérente avec sa personnalité.
Marc Fervel, c’est le changement. L’adaptabilité. Depuis l’obtention de son baccalauréat A3 cinéma audiovisuel au Lem, il est passé d’un costume à un autre. "Je ne reste pas les deux pieds dans le même sabot", sourit-il. S’il y a une leçon à tirer de son parcours, qui pourrait paraître chaotique vu de loin, c’est qu’"il ne faut pas avoir peur. Se lancer. On rebondit toujours."
Clerc significateur : « C’est le facteur de l’huissier »On commence par la fin. C’est quoi, clerc significateur ? "C’est le facteur de l’huissier", résume Marc Fervel. Son rôle est de remettre les actes aux personnes concernées par diverses procédures, de la dette aux actions de justice.Un rôle qui n’est pas facile, mais qu’il tente d’accomplir avec bienveillance.
On n’arrive pas toujours avec des bonnes nouvelles, même s’il y en a. Mais l’important est de ne pas se présenter bille en tête. On reçoit quand même un bon accueil : les gens sont au courant de leurs difficultés. On prend le temps de discuter. J’observe aussi beaucoup pour faire un retour à mon employeur. Le but est de faire au mieux pour les deux parties. Mais c’est quand même très particulier. Il ne faut pas avoir d’a priori. On n’est pas là pour enfoncer les personnes, qui ont des accidents de vie. On peut tous en avoir.
Une reconversion réalisée par « hasard »Pour accomplir sa mission, il est sur la route du lundi au vendredi. Elle l’emmène dans les quatre départements d’Auvergne. Sa voiture est son bureau, avec laquelle il roule en moyenne 75.000 kilomètres par an.
Quel chemin l’a mené là ? Celui du "hasard". Un matin, il reçoit un coup de fil de son employeur actuel. "Il m’a débauché !" Il se trouve qu’à l’époque du confinement, Marc Fervel a fait des remplacements à La Poste et au Sictom de la Région montluçonnaise. "Je livrais des courriers à son étude." Déjà facteur donc, avec une bonne connaissance du secteur et l’habitude du contact. Un profil intéressant.
Assermenté au tribunal le 21 septembre 2021Une semaine d’immersion plus tard, Marc Fervel était dans la boucle. Après quelques mois de formation sur le terrain, il est assermenté devant le tribunal judiciaire de Montluçon. C’était le 21 septembre 2021. Un moment solennel dont il garde un souvenir ému.
La présidente avait fait un très beau discours, relatant l’importance de la signification dans les procédures. C’est une reconnaissance. Les gens vous font confiance. J’ai toujours aspiré à être quelqu’un de droit. Et l’État vous reconnaît comme quelqu’un de juste.
Marc Fervel s’était déjà investi très jeune comme réserviste. "L’idée de devoir à mon pays était déjà là." Il a d’ailleurs effectué un service militaire long de deux ans, au sein du club sportif et artistique de la Défense nationale, à Paris.
Vendeur, gardiennage, agent immobilierC’était après une première année d’histoire de l’art et deux premières années de droit, à Clermont-Ferrand. "Ce sont des années de découverte de la vie en fait ! J’en ai aussi profité pour passer le permis moto en cachette de mes parents."À l’âge de 24 ans, c’est le retour à Montluçon. Et l’opportunité de gérer un bar se présente déjà. Pendant sept ans, il est à la tête de La Gouse, le bar du Diénat devenue aujourd’hui maison d’habitation.
Photo Florian Salesse
Il enchaîne par une entreprise de gardiennage, fait de la prospection commerciale pour celle-ci, travaille comme gondolier dans un supermarché en attendant d’accomplir une formation Afpa dans la moto. Celle-ci lui ouvre les portes d’un magasin de moto, d’où il est licencié économique. Il atterrit dans une société de fabrication de produits pharmaceutiques, à Commentry (pas un bon souvenir), avant de reprendre le Galo, qu’il transmet pour des raisons familiales, avant de se lancer dans l’immobilier.
Le mot de la finPère de deux enfants, un garçon de 22 ans et une fille de 12 ans, Marc Fervel peut l’avouer : la vie de tenancier lui manque. S’il devait se relancer dans l’aventure, ce qui n’est pas à l’ordre du jour, il se lancerait dans un bar musical. Avec des scènes ouvertes, pour que chacun puisse dire ce qu’il a à dire.
Seher Turkmen
