La qualité de l'air ne s'améliore plus dans la région, mais c'est encore en Auvergne que l'on respire le mieux
Les efforts entrepris sur plusieurs fronts depuis une quinzaine d’années amenaient une amélioration régulière de la qualité de l’air pour les principaux polluants. Mais en 2022, cette tendance marque le pas. Pour la première fois, la moyenne annuelle des polluants surveillés par l’organisme Atmo en région Auvergne - Rhône-Alpes n’est plus orientée à la baisse (*).
Les émissions se sont le plus souvent stabilisées. Mais la concentration a parfois même augmenté légèrement. Comment l'expliquer ?
Partout, les valeurs réglementées par l’Europe sont respectées, mais il restait encore un effort à faire pour passer sous tous les seuils conseillés par l’Organisation mondiale de la santé (OMS). "Jusqu’à l’an dernier, nous pouvions penser qu’il suffirait de continuer un peu, mais les valeurs ne diminuent plus", décrypte Didier Chapuis, directeur chargé des actions pour Atmo Auvergne Rhône-Alpes (*).
1. Coup d’arrêt pour les oxydes d’azotesCes polluants sont principalement émis par le trafic routier, alors que l’on n’a jamais autant vendu de véhicules électriques...
L’utilisation croissante de la voiture électrique ne contrebalance pas la reprise du trafic automobile. C’est +10 % sur l’année 2022, et même +25 % en été par rapport aux années Covid, ce qui montre l’incidence du trafic des particuliers
2. Les particules fines repartent à la hausseLa situation est encore pire pour les particules fines (PM5 et PM10) dont les concentrations ont été trouvées en légères hausses sur un an.
"Si on essaye de trouver des éléments de compréhension, on pense au chauffage. L’année 2022 a été chaude, ce qui, ajouté à l’augmentation du coût de l’énergie, a poussé les foyers à recourir plutôt aux chauffages d’appoint. Or, pour un tiers des logements, il s’agit de chauffages au bois."
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Autrement dit, l’élévation des températures hivernales a mobilisé plus de chauffage au bois (l’un des principaux émetteurs de particules fines dans la région), que de chauffage électrique (qui n’en émet pas).
Et, aggravant encore la situation, le coût élevé du bois de qualité et sa raréfaction sur le marché, ont amené les particuliers à se rabattre sur des stocks moins secs et de moindre qualité, donc moins performants.
3. L’ozone, à la faveur de l’ensoleillementL’ozone, enfin, a repris sa progression alors qu’il était en forte diminution. Au point que l’on atteint aujourd’hui une progression globale de 18 % en 15 ans. Il s’agit d’un polluant secondaire qui se forme à la faveur du rayonnement solaire, à partir de précurseurs comme les oxydes d’azote (NOx), les composés organiques volatils.
En présence de ces précurseurs, l’ensoleillement important de l’année 2022 a relancé la machine. "L’ozone a la particularité de voyager et de réagir au contact d’autres polluants. On ne mène pas le combat localement : il faut que tous les territoires s’y mettent", précise Didier Chapuis.
Une méthodologie de territoire, c’est donc l’approche novatrice qu’Atmo vient de présenter "pour faciliter l’accompagnement des territoires en faveur de l’air et du climat".
4. C'est en Auvergne qu'on respire le mieuxEn attendant des résultats plus précis, et croisant les mesures issues des stations installées sur le territoire, les données d’émissions de polluants (*), les enjeux de qualité de l’air et la répartition de la population, Atmo Auvergne Rhône Alpes vient de publier une cartographie et une méthodologie applicable à l’échelle des Établissements publics de coopération intercommunale (EPCI).
Elle a identifié quatre typologies de territoires en termes d’enjeux et de leviers d’action : les grandes agglomérations les plus exposées à la pollution de l’air?; les villes moyennes densément peuplées avec des enjeux prioritaires de qualité de l’air?; les territoires sensibles moins peuplés mais à enjeux de qualité de l’air avérés?; les territoires préservés.
La surprise à laquelle ne s’attendait pas l’organisme, c’est de voir l’Auvergne apparaître sur cette carte régionale comme le principal réservoir de territoires préservés. Sur 23 EPCI entrant dans cette catégorie de "territoires éloignés des sources de pollution avec une faible densité de population", une vingtaine est en Auvergne et adjacentes.
On y retrouve la majorité du Cantal, plus de la moitié du Puy-de-Dôme (est et ouest), et quelques EPCI dans l’Allier et la Haute-Loire.
5. Moins d'expositions mais d'autres enjeuxLà se trouvent les communes les moins exposées. Ce sont globalement les seules, dans la Région, où la qualité de l’air est conforme aux valeurs sanitaires de l’OMS pour les particules fines et le dioxyde d’azote (NO2).
Atmo invite notamment à maintenir cette faible exposition malgré l’attractivité croissante de ces territoires (démographie et tourisme). Les derniers territoires préservés sont en Auvergne. En outre, les distances à parcourir en voiture sont importantes : la part des émissions de NOx par habitant y est deux fois plus élevée que la moyenne régionale.
Ces territoires comptent aussi cinq fois plus d’appareils de chauffage au bois que la région, amenant une émission de PM2,5 (particules fines) par habitant deux fois plus importante.
Sur ces territoires, 49 % des émissions de NO2 et 98 % des émissions d’ammoniac sont issues des activités agricoles.
Ici, Atmo invite donc non seulement, et comme partout, à réduire les émissions de polluants précurseurs de l’ozone, mais aussi y préserver tout particulièrement la biodiversité qui régule le climat, développer le télétravail et des alternatives à l’autosolisme, rendre plus performant le chauffage au bois, et promouvoir des pratiques agricoles limitant l’usage et l’émission de polluants.
6. Les Clermontois très exposés aux particules finesÀ l’opposé de ce spectre territorial, en Auvergne, seule Clermont Auvergne Métropole entre dans la catégorie des agglomérations les plus exposées à la pollution de l’air.
Quasiment 100 % de la population est exposée à des concentrations de PM2,5 supérieures aux valeurs de l’OMS.
Atmo place le curseur des priorités sur les mobilités et l’urbanisme, la performance énergétique des bâtiments et le développement du chauffage collectif.
(*) Attendu en juin, le bilan 2023 sur la qualité de l’air apportera des données sur les polluants et leurs origines à l’échelle des départements et grandes agglomérations. Pour la typographie des territoires, elle repose sur la restitution cartographique de plusieurs informations : le cadastre précis des émissions de polluants sur tout le territoire, la modélisation fine de la qualité de l’air, les résultats des stations de mesure (une quinzaine de stations sur la partie Auvergnate, pour la plupart installées dans les différents lieux de vie du territoire et trois dans des zones plus rurales).
Anne Bourges
