Banques, secours, opérateurs... Comment se préparent-ils à des pannes géantes d'Internet ?
Beaulieu-sur-Dordogne, Meyssac et leurs alentours ont été privés d’Internet pendant un peu plus de 24 heures, les 9 et 10 mai derniers. Rien de bien grave, me direz-vous. Et pourtant, on est loin d’imaginer toutes les conséquences d’une panne géante due à un coup de pelleteuse mal placée et qui a détérioré un câble de fibre optique.
Une situation pourtant loin d’être anodine : impossible de retirer de l’argent aux distributeurs en panne, de payer en carte bleue dans les commerces, de faire le plein de sa voiture, une démarche administrative en mairie, d’ouvrir le portail du collège de Beaulieu à distance, de commander un médicament dans les pharmacies…
"Suite au Covid, la prise de conscience de l’importance stratégique des réseaux de télécommunication s’est accrue", reconnaît Aurélie Pouyade, directrice des relations avec les collectivités locales chez Orange. Vraiment ? Nous avons voulu savoir ce qu’il en est vraiment.
Plusieurs technologies pour éviter les "agences dans le noir"Et certains ont déjà très bien compris qu’ils étaient vulnérables en cas de panne. À la Caisse D’Epargne, on dit d’une agence privée d’Internet, qu’elle est "dans le noir", c’est dire. Le groupe Banque populaire Caisse d’Épargne dispose même un "organe de surveillance nationale qui détecte les agences sans réseaux". Depuis 18 mois, la caisse Auvergne-Limousin a lancé le projet NRA pour Nouveau réseau agence.
"Il consiste à installer plusieurs technologies sur chaque agence pour fournir le réseau (fibre, 4G/5G, ADSL) et permettre ainsi la redondance en cas de défaillance d’une technologie."
À la préfecture de la Corrèze, on passera sur un réseau à part, "une sorte d’intranet indépendant qui permet de travailler en mode dégradé", assure les services de l’État.
Des pompiers qui passent sur un réseau radio"Dégradé" mais pas trop chez les pompiers de la Corrèze qui utilisent quotidiennement internet. "Quand il y a des pannes, et ça arrive, nous passons de l’ADSL sur un réseau radio appelé Antares qui nous permet par exemple de transmettre les informations du CTA Codis (Centre de traitement de l’alerte) au centre de secours qui doit intervenir", explique le lieutenant Jean-Maurice Benne, responsable du CTA Codis.
Sans internet, les soldats du feu sont privés d’un certain nombre d’outils : la géolocalisation, l’accès à la caméra du téléphone de celui qui donne l’alerte, s’il donne son accord, pour évaluer la situation… "On est équipé d’une remorque et de téléphones satellites, de groupes électrogènes… C’est un mode dégradé qui nous permet de travailler dans de très bonnes conditions. On a éprouvé toutes ces solutions bis, l’hiver dernier, lorsqu’on risquait des coupures d’électricité."
Des "safety case" testé chez OrangeDes exercices grandeur nature en cas de panne géante due "à une attaque cyber ou à un incident sur le réseau", Orange en fait régulièrement. "C’est une procédure très cadrée", assure Aurélie Pouyade. L’opérateur teste notamment ce qu’il appelle la "'safety case', « une valise de 70 kg qui permet de créer une bulle internet dans un endroit isolé, privé de réseau, afin que les gens puissent établir une connexion".
Mais avant d’en arriver là, Orange dit d’abord "vouloir éviter les incidents sur son réseau" et assure que les "points critiques font l’objet d’une surveillance spécifique et sont redondés, c’est-à-dire doublés". En Corrèze, le réseau peut être aérien comme enterré.
"Les deux architectures ont leurs avantages et leurs inconvénients. En aérien, il y aura bien sûr plus d’aléas, mais en enterré, les pannes sont souvent plus complexes à résoudre."
Il aura fallu 24 heures pour la panne de Beaulieu et Meyssac, des zones rurales d’autant plus vulnérables en cas de coupure.
Emilie Auffret
