Orthographe : le nivot besse mais ya pas quand France
Le niveau des jeunes français baisse en orthographe ? Oui mais ce n’est pas nouveau, rappelle l’universitaire Nadir Altinok s’appuyant sur les études publiées ces dernières années. Et non seulement "le phénomène n’est pas une nouveauté" mais c’est, en plus, un fait mondial loin d’atteindre nos seuls compatriotes. Ses travaux de recherches sur la relation entre les compétences scolaires et la croissance ont amené le maître de conférences en économie à l’université de Lorraine à s’interroger sur "la détection précoce des capacités de réflexion et d’analyse critique." Car selon lui, "c’est cela qui contribue significativement à la croissance d’un pays ".
« On est bons dans tous les autres domaines »Pour Nadir Altinok, d’un point de vue économique, il faut se poser la question de savoir en quoi cette faiblesse orthographique "apparaît un enjeu crucial » […] Si l’orthographe baisse mais que l’on parvient toujours à innover, c’est que l’on est bon dans tous les autres domaines, au final, cela n’est pas très grave". Au bémol près qu’il faut avoir suffisamment de bagages en lettres pour comprendre un énoncé, des consignes, un règlement, une instruction…En comparant, avec l’économiste Claude Diebolt, directeur de recherche au CNRS, le constat précité et des enquêtes plus larges, comme Pisa (Programme international pour le suivi des acquis des élèves) ou Pirls (Évaluation internationale des élèves de CM1 en compréhension de l’écrit)" on constate que la France est plutôt bien placée et que la baisse en orthographe n’est pas corrélée avec une baisse généralisée du niveau des élèves", note-t-il.
Ce qui signifie que non seulement "le phénomène est mondial et que l’avènement d’Internet et de tous les usages qui vont avec (mails, messageries instantanées,…) n’est pas étranger" à cette réalité.Il faut aussi prendre en compte, remarque le chercheur, le fait que " l’orthographe n’est plus mise en avant aujourd’hui comme c’était le cas dans les décennies précédentes et plus encore au début du XXe siècle."
L’élève curieuxCertes précise-t-il, "il faut prendre en compte l’orthographe mais il ne faut pas focaliser uniquement là-dessus. La croissance d’un pays repose sur la réflexion et ce qui en émerge".
Autrement dit, apprendre aux élèves à extraire des informations et à les analyser est plus important que maîtriser toutes les arcanes de l’orthographe. Dans cette optique, " l’orthographe peut être un problème mais ce n’est pas une fin en soi."Même s’il n’est pas à la hauteur de Mérimée, "il faut prendre en considération l’élève curieux, c’est potentiellement un précurseur de l’innovation donc de l’avenir !" De quoi "gagner ultérieurement en compétitivité".Mais toutes les fautes ne se valent pas, explique l’universitaire. L’orthographe grammaticale est fondamentale car elle requiert de la logique, de l’apprentissage, de la réplication de règles. "Un élève qui ne parvient pas à apprendre les règles de grammaire de base aura aussi des problèmes en maths et d’autres domaines ». Et ces problèmes de logique "qui se répercuteront tout au long d’une scolarité, on peut les détecter dès le CP-CE1 ".Au-delà de la scolarité aussi. Car l’orthographe demeure un marqueur social susceptible d’être pris en compte notamment lors d’un dépôt de candidature. "Il y a là un vrai problème d’asymétrie entre la personne qui postule, avec ses compétences, et celui qui les lit seulement à travers un CV et une lettre de motivation". À défaut, l’orthographe défaillante peut être disqualifiante…Faudrait-il simplifier la langue pour avoir de meilleures notes en orthographe ? Pas question, assure Nadir Altinok. "Parce qu’une langue est riche de par sa complexité", il faut la conserver comme telle. "C’est comme en maths, on ne va pas arrêter le calcul intégral sous prétexte que l’on n’en maîtrise plus les règles"…
Sophie Leclanché
