Cour d'assises de la Creuse : La peine de 12 ans confirmée en appel pour l'homme de 23 ans jugé pour tentative d'extorsion avec arme
Quand des violences sont commises, il y a généralement les victimes directes et les victimes dites « indirectes » : les proches, les amis...la famille. Celle de la principale victime de la tentative d'extorsion avec arme commise par Ryan Vith et Jovanny S. en juin 2019 dans le quartier Beaubreuil à Limoges, a visiblement beaucoup souffert ces dernières années.
Noyau familial « éclaté »À la barre de la cour d'assises, les parents se sont succédé pour en témoigner. D'abord le père, un chef d'entreprise de 47 ans. Il évoque le choc d'avoir été informé par téléphone qu'on avait tiré sur son fils. Le stress de savoir que, sans intervention chirurgicale rapide, il risquait l'amputation. Le soulagement d'apprendre que son fils conserverait sa jambe. Qui a rapidement laissé place à des mois de préoccupation quant à son bon rétablissement.
Le père de famille en veut à l'accusé. « Ce n'est pas un gentil garçon, ça je peux vous le garantir », assure-t-il d'une voix éraillée. Il en veut pour preuve les insultes et menaces que Ryan Vith avait proférées lors du verdict du procès en première instance en 2022 : « "Fils de pute ! Vous m'avez niqué ma vie !" ». Tu te rappelles, hein ? », lance-t-il en se tournant vers l'accusé, avant d'être rappelé à l'ordre par Corinne Mathon, la présidente de la cour d'assises. « Vous ne pouvez vous adresser qu'à la cour. »
La mère de la victime par balle, clerc de justice de 48 ans, a quant à elle développé des crises d'angoisse et des problèmes cardiaques suite au drame. « Ces actes ont éclaté notre noyau familial ! », déplore-t-elle avant de fondre en larmes. « Je suis tombée dans l'alcool... Mon fils ne le sait pas », révèle-t-elle, honteuse.
Invité à s'exprimer, Ryan Vith a une nouvelle fois adressé ses excuses auprès des victimes et « surtout » leur famille.
RetrouvaillesCe deuxième jour du procès a aussi marqué les retrouvailles de l'accusé avec son acolyte, Jovanny S. Extrait de la prison d'Uzerche (Corrèze), ce dernier a peu aidé la cour dans sa compréhension des événements, répétant à l'envi qu'il préférait « ne pas en parler ». Et ce, malgré les relances de l'avocat général, Bruno Robinet, pour pouvoir juger l'accusé en fonction de son niveau d'implication. « Est-ce de manière concertée que vous vouliez extorquer ? », a-t-il interrogé sans obtenir de réponse claire.
Véritable repentir ou stratégie ?Lors de sa plaidoirie, l'avocat des parents de la victime principale, Michel Martin, a demandé une « peine juste », car le « traumatisme de la famille va être long à réparer ». Aminata Sissoko, conseil des deux jeunes hommes victimes de la tentative d'extorsion, a rappelé pour sa part à quel point l'accusé avait été « odieux » en première instance. Elle s'est dite « perplexe » quant au repentir de l'accusé et a demandé une « sanction adaptée à la hauteur de sa culpabilité ».
Pour l'avocat général, Bruno Robinet, si les deux accusés (*) ont mis la pression sur les victimes, c'est Ryan Vith qui a ramené l'arme, qui a tiré le premier coup de feu, qui a prolongé la tentative d'extorsion en allant s'en prendre à la seconde victime. « Je vous demande de ne pas prononcer une peine inférieure à 10 ans de réclusion criminelle », a-t-il lancé à la cour.
L'avocate de l'accusé, Julia Benaïm, a d'abord commenté les doutes des parties civiles sur les motivations de son client à finalement reconnaître sa responsabilité.
« La première fois (en première instance, NDLR), il n'a pas dit la vérité, ce n'était pas satisfaisant. Aujourd'hui, il reconnaît et on vous dit que c'est une stratégie. Moi, je ne crois pas à une stratégie. Ou alors, c'est une stratégie risquée. »
Car, poursuit l'avocate en citant le philosophe Michel Foucault, « l'aveu a le tort de rendre forcément coupable son auteur ».
Même sanctionSon client était dans le déni. « C'est confortable. Ça vous évite d'avoir honte. » Mais aujourd'hui, « en dépit de sa personnalité, il assume sa responsabilité pénale ». Avant de lancer à la cour avec conviction : « Évidemment que ça doit changer la perception qui est la vôtre (....) L'idée qu'il y ait une évolution (dans le comportement de l'accusé, NDLR), c'est ce qu'on recherche ! Sinon, ça ne sert à rien d'être là. »
Après cinq heures de délibération, les trois juges et neuf jurés qui composent la cour d'assises ont rendu leur verdict. Ryan Vith est, comme en première instance, condamné à 12 ans de réclusion criminelle. Il a interdiction de séjour dans le quartier de Beaubreuil de Limoges pendant cinq ans. Des peines d'interdiction de port d'arme pour cinq ans et d'inéligibilité de 10 ans ont également été prononcées.
(*) Jovanny S. a été condamné à huit ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de la Haute-Vienne en 2022 et s'est désisté de l'appel.
Daniel Lauretdaniel.lauret@centrefrance.com
