Le Graal du tatouage à la Forge noire, à Tulle
À La Forge Noire, tout n’est que calme, luxe et volupté. Ou plutôt, dans le studio de tatouage que Fabrice (alias Fabro) et Margaux ont ouvert quai de Chammard, tout est détente, application et style. Jusqu’à l’aménagement des lieux, que Fabro a lui-même créé. « C’est une grosse montée en gamme », avoue-t-il (il était installé jusque-là à Lanteuil). « Margaux m’a poussé à aller plus loin. »
Dans un univers de bois, de métal et de verre, ils officient avec leur apprentie Iloë depuis début avril et déjà, le succès est au rendez-vous. Lui affiche des délais d’attente de « quelques semaines à plus de 6 mois » pour les plus grosses pièces, elle d’un à deux mois selon le projet.
Les Tullistes étaient en attente de tout ce qu’on peut proposer.
Un salon "comme à la maison"Leur studio n’est pas un salon privé. « Nous, on joue sur le tout-venant ». Chacun peut passer la porte, sur un coup de tête ou avec un projet mûrement réfléchi. « L’esprit du salon, c’est d’être comme à la maison, posent-ils en chœur. Pour certains tatoo, on est assez dénudés, il faut se sentir bien. »Fabro et Margaux proposent leurs propres créations graphiques à tatouer.
Infirmier, banquier, notaire… Toutes les professions, tous les âges poussent leur porte, autant des hommes que des femmes. « Ça touche tout le monde, le tatouage a de moins en moins une réputation de bikers », apprécient-ils.
« Le tatouage peut être un hommage ou symbolique, il peut être purement esthétique ou permettre aux gens de se réapproprier leur corps. C’est pour ça qu’il a moins mauvaise réputation. Ça aide beaucoup de gens à se sentir mieux ou ça marque une étape dans la vie. »
Tatoués à tous les âgesLa plus âgée de leur cliente a 87 ans, ils ne tatouent aucun mineur, même avec autorisation parentale. On leur tend souvent le bras, « parce que c’est plus visible et moins douloureux. » Et 80 % des clients poursuivront leur tatouage, même s’ils ont juré de s’arrêter au premier dessin.
On fait beaucoup de premiers tatoos et souvent des grosses pièces, uniques. On en est plutôt fier, c’est la preuve qu’il y a une réelle confiance.
Souvent, « les gens ont une idée précise de ce qu’ils veulent. » Beaucoup de fleurs - même chez les hommes -, beaucoup d’animaux - lions et tigres ont la cote - et d’écritures - « des phrases qui leur parlent" - ; des figures de mangas, des prénoms, des personnages mythologiques ou mythiques.Le salon sert aussi de point de vente pour de l'artisanat local.
« Tout peut être tatoué à partir du moment où il y a une représentation graphique, assure Fabro. Mais c’est notre responsabilité, parfois, de refuser un dessin. On n’a pas intérêt à ce que, dans 10 ans, le client ait envie de passer sous le laser. »
Dessins aboutis et réalisation rigoureuseMargaux et lui ne recopient jamais les modèles qui leur sont soumis. Ils discutent longuement avec chaque client pour affiner son projet, puis font leurs propres recherches picturales, avant de réinterpréter le dessin « en direct, pour plus de spontanéité ».
Ils proposent aussi des flashs, des dessins reflétant leur propre univers pictural et graphique et qui ne sera tatoué qu’une seule fois. « Il est hors de question qu’un dessin ne soit pas abouti. »
Le métier devient très intéressant quand on y met de la rigueur.
Margaux et lui y sont pourtant venus par hasard, au terme d’un cheminement artistique et professionnel fait de détours et de rencontres. Elle, des études d’art et l’architecture d’intérieur. Lui, un CAP de carrosserie-peinture et du graphisme ; longtemps, il a peint les accordéons Maugein.
« Le tatouage, dans les arts graphiques, c’est le summum ! On est dans l’humain à fond, apprécie Fabro. Le Graal, c’est qu’on me fasse confiance. On laisse aussi un bout de nous sur les gens. »
Blandine Hutin-Mercier
