Pourquoi Aubusson a été le point culminant du Massif central le temps d'une journée ?
Dans le millefeuille territorial, le comité Massif central est bien celui qui rebat les pages.
Méconnu voire inconnu du grand public, il est affaire d’élus et de techniciens consulaires, d’associations et d’intercommunalités qui savent, eux, ce qu’il est : une très, très grosse tirelire. Pour un très, très grand territoire : quatre régions (1) et 22 départements, du sud de l’Yonne au nord de l’Aude, de la Haute-Vienne à l’ouest de l’Ardèche.
À quoi ça sert ?Un « tiers de France » (2) qui ne flirte jamais avec la mer et qui avait rendez-vous, vendredi, à Aubusson.
Dans l’amphithéâtre de la Cité de la tapisserie, le Haut Languedoc côtoyait le Forez, et les Cévennes bataillaient contre le Bourbonnais sur un quiz consacré aux programmes Massif central.
Cette fameuse « grosse tirelire » que deux chiffres résument : 300 millions d’euros finançant 1.400 projets. Le bilan de la précédente campagne 2014-2020, l’actuelle recouvre la période 2021-2027 et promet autant, ou plus.
Mais pour quoi faire ? Proposer des fonds d’amorçage, les premiers sous qui lancent les projets autour de priorités définis : valoriser l’économie des ressources existantes en la modernisant.Les programmes Massif central ont aidé à structurer la filière laine, troupeau de moutons.
Et en la structurant en filières afin qu’elles collaborent et se renforcent au sein de l’aire géographique Massif central. La forêt-bois, le textile (dont le cuir et la laine), la pierre… sont des ressources.
L’exemple sera donné par la creusoise Géraldine Cauchy de Lainamac qui tisse des projets laines de l’élevage ovin jusqu’aux créateurs textiles. L’existant, c’est le mouton et les métiers ancrés sur le Massif central.
Mais les premiers n’étaient plus que sur la viande et les seconds s’étiolaient au fur et à mesure que les artisans partaient en retraite. Recréer la passerelle entre eux, fonder des centres de formations pour sauver les métiers et les faire évoluer… ont été les missions de Lainamac dont le plus gros de l’activité est sur le sud creusois, mais pas que. Et qui attire de toute la France.
Le Massif durera-t-il ?En quoi les programmes Massif central l’ont aidée ?
« Notre fonction, c’est d’aider au lancement des projets en fournissant la compétence, en aidant à l’embauche de ceux qui réaliseront les études et animeront les projets »
De l’argent déclic qui permet d’aller récupérer d’autres fonds, ailleurs, jusqu’à ce que la filière économique vole de ses propres ailes en ayant étendu sa toile sur tout le Massif.Centre Aquasud d'Aubusson qui conduitn un programme d'économie d'énergie grâce aux fonds Massif. le 15-03-2019, Photos Floris Bressy. Bain musical, bain de minuit, piscine d'Aubusson.
Ainsi, Creuse Grand sud sur les énergies renouvelables a déniché, grâce au Massif, la compétence de la structure Purener afin de soulager la facture énergétique de la piscine Aquasud. Mais Purener accompagne aussi un projet de mobilité douce dans l’ouest-rhodanien et d’une filière bois dans le Lot.
Des petits projets, un peu partout, avec l’espoir de les relier et l’ambition d’en tirer une économie domestique qui ne se délocalise pas. Et qui recouvrent aussi la lutte contre le changement climatique, la défense de la biodiversité, le désenclavement du Massif central et son rayonnement afin que de nouvelles populations le rejoignent.
D’ailleurs, c’est à cette aune-là que les programmes seront renouvelés, ou pas, après 2027 explique Paul-Henry Dupuy : « Nos actions doivent avoir un effet. Faire rayonner nos territoires autour de projets phares. La Cité de la Tapisserie dans laquelle nous sommes, en est un. Nous l’avons soutenue, elle rayonne à l’international comme Clermont, capitale de la Culture, fera rayonner le Massif central ».De gauche à droite : Philippe Lafrique, VP Nouvelle-Aquitaine, Valérie Bertin présidente de Creuse Grand sud, Jean-Jacques Lozach sénateur, Anne Frackowiak-Jacobs préfète de la Creuse, Philippe Nauche, élu de Brive, Valérie Simonet, pdt CD et Emmanuel Gérard, directeur de la Cité de la Tapisserie.
Un hic, cependant : on dit les dossiers Massif central trop compliqués, limitant la capacité des élus et structures rurales à les remplir. « C’est compliqué, mais tout est super-bien expliqué et si on le fait sérieusement, on arrive à compléter la demande et à obtenir les fonds », a témoigné Géraldine Cauchy de Lainamac qui comptait… deux salariés à ses débuts.
À chacun de trouver sa Géraldine ou sa MélanieCompliqué, le Massif ?
« Il faut que les élus sortent du monde d’avant, s’agace Valérie Simonet, présidente du Département de la Creuse, c’est fini le temps des dotations de fonctionnement que l’État renouvelait chaque année. Aujourd’hui, c’est le projet qui compte, et des moyens sont là pour les réaliser. Il faut se donner la chance d’aller les chercher. »
« C’est vrai, confirme Valérie Bertin, présidente de l’intercommunalité Creuse Grand sud. On y arrive. » Avec un bémol : « Il faut la compétence avec des gens qui savent faire. Nous, on l’a. Elle s’appelle Mélanie Le Nuz, c’est notre directrice du Pôle développement ».*
À chacun donc, de trouver sa Géraldine ou sa Mélanie pour ouvrir cette grosse tirelire du Massif central.
(1) Nouvelle-Aquitaine, Auvergne-Rhônes-Alpes ; Bourgogne-Franche Comté et Occitanie.(2) L’expression utilisée vendredi est un peu exagérée : ce périmètre Massif central représente un sixième de la France.
Eric Donzé
