"On veut montrer qu'on est là pour la suite" : à Clermont-Ferrand, un défilé du 1er-Mai "historique"
C’était il y a un an tout pile. À Clermont comme ailleurs, la retraite à 60 ans et "à taux plein" s’imposait parmi les revendications exprimées lors des rassemblements du 1er-Mai. Près de 1.500 personnes défilaient alors dans la capitale auvergnate.
Un an plus tard, ils étaient près de dix fois plus, ce lundi 1er mai, à battre le pavé contre une réforme qui repousse l’âge légal de départ à 64 ans. Une inflation de chiffres et de colères pour un 1er mai "historique", comme le jugeait l’intersyndicale, à Clermont-Ferrand. Car avec 14.000 personnes dans la rue selon nos estimations (14.000 pour la préfecture, 25.000 selon l’intersyndicale), il faut remonter à 2002 pour retrouver une mobilisation aussi forte un jour de fête des travailleurs.
Des colères variéesPlus de 14.000 manifestants, donc, et une colère toujours aussi grande. Accoudé à une barrière sur la ligne du tramway, Philippe, retraité des Postes, bouillonne. "Ils sont à côté de ce qui se passe dans la vie des gens, là-haut. C’est même plus la goutte d’eau à ce stade, c’est un océan de mépris et de mensonges. Le travail pas suffisamment encadré, la gestion du Covid catastrophique, et le sort réservé aux premiers de cordés, je n’en parle même pas. Et par-dessus tout ça, une réforme des retraites qui condamne les femmes et les plus précaires. C’est mettre de l’huile sur le feu."Si la lutte contre la réforme des retraites reste la mère des batailles, les motifs de grogne sont multiples. "La démocratie, c'est les gens, embraye Thomas, 26 ans, ingénieur mécanique à Issoire. La majorité silencieuse n’existe pas. On veut montrer que l’on est là pour la suite, même si pour la retraite, je ne vois pas Macron reculer."
Plus loin, Sophia, Victoria et Wendy sont, elles, préoccupées par le maintien de l’ordre de manière générale. "Il y a une pente dangereuse que l’on est en train de franchir." Elles pensent à Sainte-Soline, aux "grilles avec des pics" au stade de France et "à l’usage disproportionné de la force dans les manifestations".
2,3 millions de manifestants selon la CGT, violences, suite du mouvement : ce qu'il faut retenir de ce 1er mai
Au son des casserolesÀ Clermont-Ferrand, les manifestations ne donnent généralement pas lieu à débordement. Ce lundi encore, les camions des syndicats crachaient leur musique, accompagnés cette fois-ci par un concert de casseroles, de gamelles et de boîtes de conserve, nouveau symbole des rassemblements. On tape en rythme, on rigole, on les met même sur la tête, au fil d’un défilé festif et plus bruyant qu’à l’habitude.Professeur en lycée, Thibault, casserole autour du cou, semble assommé : "Des années de vie que l’on enlève aux gens, comme ça. C’est insupportable. D’habitude, je ne manifeste jamais le 1er mai. Mais là, c’est viscéral. Ils veulent qu’on casse tout ou quoi ?"
Pour Anaïs, 32 ans, qui regarde les banderoles défiler en attendant un ami, c’est l’inquiétude pour le futur qui prime. "Le gouvernement continue comme si de rien n’était. Il ne faut pas s’étonner si les gens ne croient plus en la politique. J’ai vraiment peur pour la suite. Le barrage républicain ne marchera pas et on sait ce qu’il y a au bout."Là une préoccupation plus politique, ici une angoisse environnementale. Arrivé à Jaude, un groupe danse et chante en dessous d’une banderole accrochée sur les échafaudages d’une façade de banque en cours de rénovation. "Ni 49.3, ni bassine dans le 63", peut-on lire, au rythme de chansons lancées par des associations écologistes : "Pas de retraités sur une planète brûlée. Retraites, climat, même combat." Historique par l’ampleur de la mobilisation, ce 1er mai l’est aussi par la diversité des colères qui se joignent après une lutte sociale de plus de trois mois.
14.000, un record ? Le 1er mai, à Clermont-Ferrand, rassemble en moyenne entre 1.500 et 2.000 personnes, depuis une dizaine d’années. Il faut remonter à 2012, avec un défilé organisé à quelques jours de la présidentielle, pour retrouver une mobilisation plus importante (6.000). Le record daterait du 1er mai 2002 : la Fête du travail s’était alors transformée en grande marche contre le Front national (15.000 à 20.000 personnes).
Textes : Arthur Cesbron et Bastien DurandPhotos : Richard Brunel
