"Emmanuel Macron s'est mis tout le monde à dos" : une grande manifestation et un 1er mai historique à Aurillac
Le 1er mai 2022 à Aurillac ? Un peu plus de 200 personnes et un simple rassemblement. Douze mois et une réforme des retraites plus tard, les chiffres ont explosé. Hier matin, entre 2.700 (selon la police) et 3.000 manifestants (d’après les syndicats) ont défilé dans les rues d’Aurillac, formant un immense cortège, de la gare jusqu’à la place des Droits-de-l’Homme.
Agitant un drapeau basque, Jean, 70 ans, vient exprimer sa « mauvaise humeur ». Ancien enseignant, il ne peut plus voir le président de la République en peinture. « Monsieur Macron est d’une telle suffisance, d’une telle arrogance ! Vous ne pouvez pas savoir à quel point mes poils se hérissent lorsque je le vois. J’enrage ! C’est un petit que se prend pour très grand. » Et en prenant le pouls des rues, Jean ressent un vrai mouvement de contestation contre le chef de l’État. « Ce bonhomme est habillé pour plusieurs hivers ! »
« Trois mois que le gouvernement ne veut rien entendre ni voir. Depuis le 19 janvier, l’ensemble des organisations syndicales et de jeunesse ne cessent d’affirmer que cette réforme est injuste, injustifiée, brutale et illégitime. Depuis le 16 mars, le 49.3 ne passe pas. Les provocations de Macron ne passent pas », martèle Thierry Couderc, secrétaire général de FO 15. « Passer en force ne lui suffit pas. Le président s’entête malgré le divorce complet avec l’opinion, la majorité de la population, l’intersyndicale… et malgré l’absence de majorité au Parlement. À chaque fois, les interventions du président ont mis de l’huile sur le feu. Arrogant, méprisant. Il voudrait tourner la page en cent jours, comme l’empereur Napoléon Ier. Mais la référence est malheureuse. Au bout de cent jours, il y a eu Waterloo, l’abdication et l’exil à l’île Sainte-Hélène… »
« Si le peuple continue à se soulever, on y arrivera »L’anti-macronisme et le rejet de la réforme des retraites cimentent le parcours des manifestants. Jacques, 63 ans, croit encore au retrait de cette loi. « Si le peuple continue à se soulever, on y arrivera », estime cet ex-employé de salaison. « Les gens ne lâcheront pas ! Emmanuel Macron s’est mis tout le monde à dos. Depuis les Gilets jaunes, on savait bien que le mouvement allait redémarrer, à un moment ou un autre… »
Mais d’autres revendications se font entendre. Sébastien, 22 ans, souhaite avant tout manifester « pour les salaires et de meilleures conditions de travail ». Faute de moyens, il n’avait ni pu faire grève ni battre le pavé les semaines précédentes. Alors aujourd’hui, il en profite. « C’est un jour de manif’ qui ne coûte rien », souligne ce jeune magasinier vendeur, songeant sérieusement à se syndiquer. « Si ça marche, pourquoi pas ? »
Les syndicats vantent leur unitéL’année dernière, seulement quatre syndicats (CGT, FO, FSU et Solidaires) avaient participé au traditionnel rassemblement du 1er mai à Aurillac. Un an plus tard… et l’intersyndicale totalise pas moins de neuf organisations. La CFDT, l’Unsa, la FA SPP-PATS, la CFTC et La Voix lycéenne complètent la liste. C’est dans ce sens que l’on peut qualifier d’historique cette journée internationale de lutte contre les droits des travailleurs.
« La mobilisation en intersyndicale trouve un écho dans les attentes des salariés », retient Christopher Nguyen (CFTC). « C’est un 1er mai entièrement unitaire. Aucune organisation syndicale ne manque, ce qui n’était jamais arrivé dans l’histoire sociale », souligne Carine Gomez (Unsa). « L’intersyndicale unie est le moteur de cette mobilisation. Elle devra le rester. »
Romain Blanc
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