Scandales, défaites et crise financière : les espoirs déçus du foot chinois
Ambiance de liesse, ce 15 avril, dans le nouveau stade des Travailleurs, à Pékin. Le club de la capitale, Beijing Guoan, reçoit l’équipe de Meizhou, Hakka FC. Les 68 000 billets s’étaient vendus en cinq minutes. "Je suis fan de Beijing Guoan depuis toujours ! Et là, après trois ans d’interruption pour cause de Covid, nous pouvons enfin les voir jouer à nouveau, s’enflamme un jeune tifosi vêtu du maillot vert du club. J’espère que nos chants vont résonner dans tout Pékin !" Même liesse dans d’autres villes, où les matchs ont pu reprendre en public, ce mois d’avril. Avec l’espoir que le foot chinois qui, au-delà du Covid, n’a cessé d’accumuler des déboires, retrouve un peu de son éclat.
Le mois dernier, la Fédération a nommé une nouvelle équipe pour reprendre en main une Ligue masculine totalement discréditée, où le président, le vice-président et une dizaine de dirigeants sont accusés de corruption. Un énième scandale, qui avait déjà valu au sélectionneur de l’équipe nationale de quitter son poste en novembre dernier. Après ces arrestations, Hu Xijin, le très nationaliste éditorialiste du quotidien Global Times, avait publiquement déploré l’état lamentable du foot chinois "qui a englouti d’énormes sommes d’argent", a "humilié le peuple" et est "pourri jusqu’à la moelle".
Humiliantes défaites
Ces douze derniers mois, l’équipe nationale a enchaîné d’humiliantes défaites contre le Vietnam et Oman, ne remportant qu’une seule victoire contre la modeste équipe de Hongkong. Les hommes en rouge n’ont participé qu’à une seule Coupe du monde, il y a… vingt-et-un ans !
Ce n’est, pourtant, pas faute d’investir. Quand le président chinois est photographié en train de taper dans un ballon au début de son mandat, les médias d’Etat décrivent avec emphase "son amour de toujours pour ce sport". Les écoles reçoivent l’ordre d’introduire le football dans leur cursus et des milliards de dollars sont affectés à la construction de dizaines de milliers de terrains et de centres de formation. Les grandes entreprises s’empressent d’investir dans des équipes professionnelles en Chine comme à l’étranger, devenant d’importants sponsors de la Fifa, y compris lors du dernier Mondial.
Salaires impayés
Résultat, la Super League chinoise devient un acteur majeur sur le marché mondial des transferts. Des joueurs qui, autrefois, n’auraient jamais envisagé de faire carrière en Chine, s’y précipitent, attirés par des salaires mirobolants. Un club chinois aurait même proposé 105 millions de dollars annuels à Ronaldo, qui a refusé. "Les espoirs étaient vraiment grands, rappelle Liu Dongfeng, professeur à l’université des sports de Shanghai. Et puis, tout a déraillé…"
L’une après l’autre, la quasi-totalité des stars du ballon rond quittent le pays, effrayée par la piètre qualité du championnat national, les salaires impayés et surtout les trois années de confinement liées au Covid. Aujourd’hui, 39 clubs sont en faillite, tel le Jiangsu Suning, propriété de l’un des hommes les plus riches de Chine, qui a mis la clef sous la porte en 2021, quelques mois après avoir remporté le championnat national.
Pourquoi un tel échec ? Certes, la pandémie et la crise économique n’ont pas aidé, comme le manque de talents nationaux sur le terrain, mais l’échec du football chinois est surtout le symbole d’un système à bout de souffle. Telle l’Union soviétique, qui considérait le sport comme un outil politique, la Chine a fait de ses athlètes des petits soldats du régime, dont les performances dans les stades doivent démontrer la supériorité du système socialiste sur le système capitaliste. "Lorsque le drapeau rouge chinois à cinq étoiles est hissé après une victoire, le peuple y voit une représentation de la grandeur de la Chine, assure un journaliste sportif chinois. Mais dans un pays dépourvu d’Etat de droit et de contre-pouvoir, et dans une société qui place l’argent au-dessus de tout, l’afflux de sommes considérables dans ce sport n’a fait qu’engendrer une effroyable corruption."
Enfants gâtés
"La plupart des joueurs professionnels chinois sont des enfants gâtés, incapables de jouer en équipe et pourris par des salaires sans aucun rapport avec leur talent véritable, estime-t-il. Pour preuve, l’équipe féminine de football fait plutôt bonne figure parce que l’argent n’y coule pas à flot".
Opiniâtre, la Fédération chinoise de football a nommé cette année l’ancien entraîneur du Standard, le Serbe Aleksandar Jankovic, à la tête de son équipe nationale masculine. Premier objectif : la Coupe d’Asie, en juin prochain. Ensuite, la Chine espère bien remonter la pente et, pourquoi pas, organiser un jour le Mondial. Xi Jinping rêve d’une victoire de ses joueurs en 2050 pour le 100e anniversaire de la République populaire de Chine.
