Inflation : quels sont les gagnants et les perdants dans les productions agricoles ?
Dimanche soir, le Salon international de l’agriculture a fermé ses portes, Porte de Versailles à Paris, avec plus de 615.000 visiteurs. Le succès de « la plus grande ferme de France » n’occulte pas le fait que l’alimentation est devenue un véritable luxe pour un nombre croissant de foyers hexagonaux.
Des prix historiquement hautsTranchant avec l’insouciance festive des allées, la question de l’inflation et des changements des habitudes de consommation qu’elle induit était au cœur des discussions des responsables des différentes filières agricoles.
Et force est de constater que toutes ne sont pas logées à la même enseigne. Du côté de la filière bovine, c’est plutôt un certain soulagement qui domine. « Nous avons fini l’année avec une consommation en hausse de 0,2 % alors que le prix payé au producteur est passé de 4 à 5,20 € le kilo carcasse. Cette hausse s’explique d’abord par la décapitalisation. Les abattages ont ainsi baissé de 4,7 % en 2022, raréfiant l’offre face à une demande toujours solide. Mais il y a eu aussi l’explosion des coûts de production autour de 33 à 34 % », dévoile Emmanuel Bernard, président de la section bovine à Interbev, l’interprofession bétail et viande.
"Ce n'était pas gagné au départ"Cette consommation en légère hausse cache des réalités contrastées. « En bœuf, c’est le fort redémarrage de la restauration qui sert de locomotive alors qu’en magasins, la consommation a tendance à décliner. Mais disons que l’on est parvenus à absorber des hausses de 20 à 30 % avec des prix historiquement hauts, ce qui n’était pas gagné au départ. Le steak haché continue de progresser, intervient Gérard Cladière, président du groupe viande à la Fédération du commerce et de la distribution (FCD). Maintenant, la grande interrogation est de savoir si la tendance observée va se poursuivre. Avec les nouvelles hausses attendues dans les rayons libre-service, les consommateurs ne vont-ils pas être tentés de faire des arbitrages et d’aller moins souvent au restaurant?? On voit d’ailleurs que le porc, la protéine animale la moins chère, est de plus en plus prisé. »
"Yaourts et desserts ont repris leur baisse"Dans les produits laitiers, comme en viande bovine, les prix ont augmenté de 20 % entre janvier 2021 et janvier 2023. Avec des répercussions directes dans les choix des consommateurs. « L’ultra frais, yaourts et desserts, ont repris leur tendance à la baisse, comme le beurre. Deux catégories se maintiennent bien : les fromages et les crèmes, avance Jean-Marc Chaumet, directeur économique du Cniel, l’interprofession laitière. Pour la crème, le phénomène observé pendant le confinement où les gens se sont remis à la cuisine se poursuit aujourd’hui. » Mais comme dans d’autres filières, les arbitrages ne concernent pas seulement les familles de produits. « On assiste à une descente en gamme des achats, avec la recherche des premiers prix et marques distributeurs », complète-t-il.
"La glissade des fromages de brebis"D’autres productions sont encore plus fortement impactées, comme la filière ovine.
« La consommation d’agneau est en baisse de 4 % et les fromages de brebis accusent une glissade de 15 %, regrette Michèle Boudoin, la présidente de la Fédération nationale ovine (FNO). Nous sommes sur des produits festifs qui ne sont pas trop dans l’air du temps. Cela risque de briser une dynamique intéressante. Nous étions parvenus à avoir une installation pour un arrêt avec des profils différents, essentiellement des néo-ruraux dont beaucoup optent pour la production laitière dans l’intention de commercialiser de l’ultra frais en vente directe. La question est maintenant de savoir s’ils vont résister financièrement dans le temps. ».
Texte : Dominique Diogon
Photo : Rémi Dugne
