Une grosse fissure détectée sur une conduite à la centrale nucléaire de Penly : faut-il s'inquiéter ?
« C’est un sujet sérieux. Ce ne sont pas des micro-fissures ! » De passage ce mercredi matin devant la commission des affaires économiques du Sénat, le patron de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) n’a pas éludé l’importance du souci – un de plus – révélé par EDF dans la centrale de Penly. Ni l’embarras qui en découle.
La fissure en question a été identifiée lors d’« expertises métallurgiques » effectuées sur une soudure « déposée en janvier ». Mais contrairement aux défauts jusque-là limités causés par la corrosion sous contrainte, un phénomène qui affecte les plus puissants et les plus récents des réacteurs français, la brèche est cette fois d’envergure : elle s’étend « sur 155 millimètres, soit environ le quart de la circonférence de la tuyauterie », mais surtout, « sa profondeur maximale est de 23 mm, pour une épaisseur de tuyauterie de 27 mm », précise l’ASN.
« Quand il ne reste que 4 mm, ça pose problème », reconnaît Bernard Doroszczuk, à la tête du gendarme du nucléaire français.
Pas sur le circuit primairePrécision importante : la conduite exposée de fait à un risque accru de rupture ne se trouve pas sur le circuit primaire de Penly 1. « Elle se situe sur le système d’injection de sécurité, qui sert à refroidir le réacteur en cas d’urgence, c’est-à-dire d’accident. Quand l’installation fonctionne (*), cette tuyauterie est en eau mais n’est pas utilisée. Une éventuelle cassure à ce niveau-là ne pourrait donc en aucun cas provoquer une fusion du cœur du réacteur », rassure Emmanuelle Galichet, docteure en physique nucléaire et enseignante au Cnam.
D’après la spécialiste, qui a eu accès à des informations détaillées sur le défaut tout juste révélé, la fissure est de plus « localisée derrière le clapet, le mécanisme qui assure la fermeture du tuyau et qui l’isole du circuit primaire. Cela aurait été plus embêtant si elle avait été trouvée en amont ».
« Inquiétant » selon GreenpeaceDans le camp des « anti », le ton est évidemment très différent. « Ce qui se passe est inquiétant, très inquiétant même », juge Roger Spautz. Le chargé de campagne nucléaire à Greenpeace s’interroge : « Cette anomalie n’est pas apparue d’un jour à l’autre, elle a dû s’aggraver pendant des mois et des années. Comment est-il possible qu’un réacteur ait pu tourner avec un défaut aussi important ? Et qu’est-ce qui nous garantira qu’une fois réparé, le souci ne va pas ressurgir à un moment ou à un autre ? La filière nous dit que tout va bien, mais c’est faux. En réalité, les dysfonctionnements s’accumulent. »
Mercredi, face aux sénateurs qui l’auditionnaient, le n°1 de l’ASN a tenu à distinguer l’anomalie découverte à Penly 1 de la problématique générale de la corrosion sous contrainte. Dans ce cas précis, la fragilité de la fissure serait imputable à une « double réparation » survenue sur la fameuse soudure, au moment de la construction, afin de permettre l’ajustement final entre deux morceaux de conduite qui n’étaient pas parfaitement « face-à-face ».
« Il y a eu une approche qui n’est pas acceptable, qui a consisté à forcer les tuyauteries pour les aligner » et les assembler, détaille Bernard Doroszczuk, qui voit donc là un « point particulier » et non pas une « explication générique ». « Ça ne veut pas dire que ce défaut ne peut pas apparaître ailleurs », prend-il tout de même soin de préciser.
(*) Ce réacteur est à l’arrêt depuis octobre 2021 pour cause de visite décennale. Cette opération programmée aurait dû durer quelques mois, mais la découverte de problèmes de corrosion a généré des retards en série. Sa reconnexion au réseau ne devrait pas intervenir désormais avant le mois de mai.
