Tentative d'assassinat à Domérat (Allier) : la cour d'assises du Puy-de-Dôme en quête de vérité
Qui dit vrai ? Qui ment ? Qui a peur ? Qui est sincère ? Et qui ne l’est pas ? Depuis l’ouverture,ce mercredi, devant la cour d’assises du Puy-de-Dôme, du procès en appel de Lotfi Hadjab, de sa sœur Nawel et de Julien Gora, accusés d’une tentative d’assassinat, le 26 avril 2016, à Domérat (Allier), il est bien difficile de s’y retrouver.
Il y a d’abord des témoins, venus d’horizons divers, dont la mémoire flanche subitement à la barre, certains allant même jusqu’à oublier les dépositions, pourtant très circonstanciées, faites, à l’époque, devant les enquêteurs. Sans que l’on comprenne vraiment pourquoi, la relative ancienneté des faits n’expliquant certainement pas tout. Au final, certaines dépositions finissent par se transformer en véritables contorsions intellectuelles.
« Une amnésie utilitaire » pour l'avocat généralEt il y a, aussi et surtout, les trois accusés, dont les versions et les explications n’ont cessé de varier, de se contredire et d’évoluer au fil du temps.
Première à être interrogée, ce jeudi matin, Nawel Hadjab, 35 ans, suspectée d’avoir volontairement renversé la victime avec sa VW Lupo, a maintenu n’avoir « jamais eu aucune intention homicide ».
« Je n'ai jamais voulu porter atteinte à la vie de la victime ».
« Je ne me suis même pas aperçue que je l’avais heurté. J’ai fait une fausse manœuvre sur le parking et percuté un trottoir. J’étais totalement paniquée. Je ne suis pas une criminelle ! », a-t-elle redit, amenant l’avocat général, Tristan Boffard, à évoquer « une amnésie utilitaire ».
Son frère, Lotfi, 40 ans, accusé d’avoir ensuite tiré à deux reprises, avec un fusil de chasse à canon scié, sur la victime, prétend n’avoir voulu que « faire peur » à son rival. Dont il avait lui-même « très peur ».
« Je n’ai pas voulu le tuer et cette histoire entre nous n’aurait jamais dû aller aussi loin », a-t-il ajouté, affirmant éprouver désormais « regrets et remords ».Enfin, Julien Gora, 35 ans, poursuivi pour avoir asséné un coup de hachette à l’arrière du crâne de la victime, a, lui aussi, maintenu qu’il ne voulait « pas [la] tuer ».
« Je voulais juste me défendre. » Et, tout comme Lotfi Hadjab, il explique, pour tenter de justifier ses déclarations à géométrie variable, être maintenant « en capacité d’assumer ». « Au début, je n’assumais rien du tout et je racontais donc n’importe quoi. »
Dans cet étrange ballet, souvent laborieux, de témoignages fluctuants, parfois livrés la main sur le cœur par les trois complices présumés, la vérité semble, jusqu’ici, avoir quand même bien du mal à se frayer un chemin...
Christian Lefèvre
Dernier jour. Les débats reprennent ce vendredi matin, à 9 heures, avec un verdict qui pourrait intervenir dans la soirée.
