Sécheresse, Egalim... les agriculteurs auvergnats attendent le ministre de pied ferme au Sommet de l'élevage
Ils ne demandent pas de la compassion mais des réponses?! Voilà en substance ce qu’ont martelé les représentants de la FRSEA (Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles) et des Jeunes agriculteurs, bien décidés à profiter du 31e Sommet de l’élevage pour faire entendre haut et fort la voix des agriculteurs. Ceci dès mardi 4 octobre, à l’occasion de la venue du ministre de l’Agriculture, Marc Fesneau.
La sécheresse accélère la décapitalisationPremière thématique d’inquiétude : la sécheresse, qui accélère une décapitalisation – tant des troupeaux allaitants que des troupeaux laitiers – déjà bien avancée dans les exploitations.
« On a subi quelque chose d’un peu inédit cette année, avec un printemps relativement sec, un été très faible en pluviométrie et une succession de canicules. On a franchi des paliers de températures auxquelles bon nombre de cultures n’arrivent plus à résister, même en zones d’altitude?! »
L’impact sur le végétal comme sur la vie des troupeaux a des conséquences en matière de productions, de qualité de productions et des conséquences sanitaires. Et faute de fonds débloqués, certains agriculteurs choisissent de vendre des bêtes plutôt que d’acheter du fourrage. « Le ministère joue un peu la montre?! », peste David Chauve.
« Le traitement de la sécheresse actuelle est bloqué parce que l’administration centrale ne veut pas regarder le travail de terrain et préfère des bases satellitaires », renchérit Patrick Bénézit, secrétaire général adjoint de la FNSEA.
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Autrement dit, ce ne sont plus sur des relevés des agents de l’État que les dégâts sont constatés mais à partir de cartes satellites qui, souvent, ne collent pas à la réalité. « On attend un travail d’expertise de terrain tel que c’est prévu dans les plans calamités », poursuit Patrick Bénézit. Sur les exploitations, les pertes de fourrage sont estimées entre 40 et 75 %.
Des fonds qui se font désespérément attendre...« On attend que le ministre vienne dire au Sommet qu’on utilise les fonds calamités avec des paiements rapides. Sinon, le choix qui a commencé d’être fait va se poursuivre : les agriculteurs dégraissent fortement leur cheptel, anticipent des ventes ou cessent leur activité. La situation économique des éleveurs ne leur permet pas de se projeter aujourd’hui?! », alerte le syndicaliste.
... tout comme l'application d'Egalim 2Autre sujet d’actualité : la loi Egalim 2, qui peine toujours à être mise en œuvre. Elle doit pourtant permettre de construire les prix sur les coûts de production, et ne plus considérer les producteurs comme de simples variables d’ajustement.
« Cette loi Egalim est aussi nécessaire pour donner confiance aux jeunes?! », ajoute Jocelyn Dubost, président des Jeunes agriculteurs Auvergne-Rhône-Alpes.
« D’autant que se pose la question de la souveraineté alimentaire. On n’a plus de marge de manœuvre et on attend réellement de l’État que cette loi soit respectée, sinon que les actes soient sanctionnés. »
Aujourd’hui encore, même si les prix sont un peu meilleurs, les éleveurs perdent 80 centimes par kilo pour une vache, par rapport aux coûts de production, et 45 centimes par kilo pour un broutard. Le problème est le même pour le lait, avec des producteurs encore plus pénalisés en montagne qu’en plaine.
Le 31e Sommet de l’élevage se tient du 4 au 7 octobre, à la Grande Halle d’Auvergne, à Clermont (du mardi au jeudi, de 8?h?30 à 19 heures et le vendredi, de 8?h?30 à 17?h?30). Entrée : 12 €?; groupes, 6 €?; -14 ans, visiteurs internationaux, DOM-TOM et personnes handicapées, gratuit. Programme complet sur sommet-elevage.fr.
Gaëlle Chazal
gaelle.chazal@entrefrance.com
