Régulation des jets privés : nouvelle réglementation du climat
Pour le porte-parole de l’Élysée Olivier Véran :
« Il faut réguler les jets privés […] les symboles sont importants… »
Le porte-parole du gouvernement Olivier Véran, sur la question de la régulation des jets privés : "Dans la grande majorité des cas, ce sont des transports commerciaux, c’est créateur d’emplois. Mais les symboles sont importants, et la concertation européenne peut avoir son sens." pic.twitter.com/8cNQ8bJdUH
— France Inter (@franceinter) August 23, 2022
Je deviens très pessimiste quand j’entends ces propositions démagogiques venant de responsables politiques. Je me dis que la gauche (au sens large, car en France comme en Belgique, même la droite et le centre sont contaminés par les idées de gauche) n’a toujours pas compris la dynamique du monde, pas seulement économique, mais tout simplement celle qui régit l’évolution de tous les systèmes qui constituent notre univers.
L’un des points aveugles de la gauche, communiste comme écologiste, est de considérer l’économie comme un gâteau à se partager, sans jamais comprendre les conditions qui le font grossir, ce qui, in fine, bénéficierait à tout le monde même si le partage est inégal.
Avec le gouvernement de l’époque covid, Olivier Véran a inutilement pénalisé l’économie française. Rappelons-nous les distinctions spécieuses entre l’essentiel et le non essentiel. En fait il n’est toujours pas sorti de ce schéma mental et voudrait réguler (euphémisme pour limiter, voire interdire) jets privés, yachts et autres symboles de luxe ; et aussi les piscines tant qu’on y est, comme les écologistes le demandent. Ils pénaliseront ces biens non essentiels à leurs yeux d’autant plus facilement qu’ils pensent ainsi se rendre populaires.
Une partie de la population pense en effet que de telles mesures ne l’impacteront pas et se réjouit plutôt de satisfaire sa pulsion d’envie, l’un des sentiments les plus répandus et destructeurs : « si je ne peux pas l’avoir, au moins ces salauds de riches ne le pourront pas non plus. »
Or, la croyance en l’absence de conséquences pour la majorité de la population est une grave erreur :
« C’est le non essentiel qui nourrit l’essentiel », écrit Philippe Charlez :
« Si on détruit le superflu, on détruit à terme le nécessaire. Sans tourisme, sans luxe et sans restaurants, il ne serait pas possible de financer la santé, l’éducation ou encore la préservation de l’environnement. »
Sandrine Rousseau veut, quant à elle, carrément détruire par la taxation des branches entières d’activité économique :
Alors alors … et si on faisait une réforme fiscale qui soit si ambitieuse qu’elle empêche quiconque d’avoir les moyens d’acheter des jets et des yachts ? #Radicalité
(En plus ça ferait des ressources à redistribuer à celles et ceux qui n’ont plus rien à manger le 20 du mois).— Sandrine Rousseau (@sandrousseau) August 20, 2022
On ne doit pas s’étonner de ce type de raisonnement fallacieux dans la bouche d’une extrémiste soi-disant verte et économiste, mais surtout anti-capitaliste radicale et haineuse envers tout ce qui pourrait être un signe d’excellence.
Malheureusement, comme nous l’avons vu plus haut, ce discours trouve un certain écho dans la population chez les partisans du nivellement par le bas.
Philippe Charlez démontre par l’absurde l’inanité totale de cet égalitarisme forcené.
Il fait le calcul suivant : supposons qu’on veuille redistribuer la totalité du PIB mondial à tous les habitants de la Terre via une allocation universelle unique. Quoi de plus égalitariste ? Chacun reçoit la même chose.
« Partagé de façon égalitaire, le PIB mondial actuel (87 000 milliards de dollars en 2019) concéderait à chacun des 7,5 milliards de Terriens une allocation d’environ 11 500 dollars par an.
Ce pactole, encore éloigné du seuil de développement (20 000 dollars), donnerait aux plus pauvres accès à un minimum vital (nourriture, logement, santé, éducation) dont ils ne peuvent jouir aujourd’hui. Mais ce seuil critique ne leur permettrait pas pour autant d’accéder aux biens de consommation usuels (voitures, loisirs, vacances, électroménager, électronique et réseaux sociaux, télécoms).
Inversement, les plus riches verraient leurs revenus s’effondrer et eux aussi n’auraient plus accès aux biens de consommation usuels.
Tous les pans de l’économie correspondant à la fabrication et à la distribution des biens de consommation auxquels personne n’aurait plus accès disparaitraient, entraînant dans un premier temps une réduction massive du PIB mondial et dans un deuxième temps une détérioration mécanique des indicateurs de développement de l’ensemble de la population mondiale, le revenu moyen étant repassé sous le seuil critique. »
Nous en arrivons donc à la même conclusion : « Le non-essentiel supportant l’essentiel, sans non-essentiel, il ne peut y avoir d’essentiel. »
Régulation des jets privés ou confusion égalité/équité
Entendons-nous bien, il ne s’agit pas ici de soutenir des super riches qui auraient légitimement acquis ces symboles de luxe grâce à leur travail ou leur inventivité : ils n’ont nul besoin d’un tel soutien, qu’ils ne demandent d’ailleurs pas, et c’est leur affaire.
On pourrait dénoncer ceux dont la richesse est illégitimement obtenue par la corruption et des activités mafieuses illégales, mais c’est une affaire de police et de respect des lois.
Ce que la gauche et le monde politique en général ne voient pas, ou refusent de voir, c’est ce fait incontournable : une société ne peut croître et prospérer sans des différences et des inégalités. Ce n’est pas en affaiblissant les riches qu’on renforce les pauvres.
Il faut se garder de confondre l’équité ou l’égalité en droit, et égalité.
L’équité est le but premier de la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen : tous les individus, quelle que soit leur condition naissent et demeurent égaux en droits.
Ainsi ont-ils tous un et un seul droit de vote. Quelle que soit sa naissance, son appartenance sociale, raciale ou religieuse, personne n’est juridiquement supérieur. L’équité est la raison première de l’État de droit, qui, entre autres, oblige les gouvernants à une égalité totale des droits avec les gouvernés, autrement dit ne pouvoir jamais se prévaloir de passe-droits en leur qualité de gouvernant. De plus, l’État de droit établit la responsabilité des gouvernants devant les gouvernés.
« Mais tout équitable qu’elle soit, l’égalité des droits, ne supprime pas les inégalités de situation : elle les renforce même en laissant les individus développer et utiliser leurs capacités naturelles, à leur profit et au profit de la société, ces capacités étant forcément distribuées inégalement entre les individus. L’équité des règles démocratiques n’apporte donc aucune satisfaction aux individus qui ont soif d’égalitarisme. Elles deviennent d’autant plus frustrantes qu’elles sont perçues comme justes. » Philippe Charlez – Utopie de la croissance verte
Forcer une égalité des situations comme étant conforme aux valeurs de gauche, comme en rêvent le marxisme et l’écologisme, est non seulement contraire à l’essence même de la démocratie, destructeur des libertés et mène au totalitarisme, mais aboutit à une société inefficace qui ne peut que s’appauvrir et finir par disparaître.
La nature elle-même enseignerait aux écologistes, qui prétendent l’aimer mais ne la regardent pas, que tout y est inégal : plantez deux plantes et gérez-les de la même manière, les résultats seront toujours différents.
La thermodynamique sociale
Si vous voulez améliorer le sort du plus grand nombre, et particulièrement des plus pauvres, il faut accepter l’existence des riches. C’est une des leçons de la thermodynamique sociale.
Cette théorie est exposée dans le livre de Philippe Charlez. Il s’agit de l’application des lois de la thermodynamique issues de la physique des machines thermiques à tous les systèmes naturels, inertes ou vivants, et jusqu’aux sociétés humaines.
Ce n’est pas ici l’endroit d’entrer dans les détails de cette théorie, il suffit de dire qu’elle montre que tous les systèmes qui survivent et se pérennisent sont des systèmes ouverts qui se maintiennent hors équilibre en échangeant de l’énergie, de la matière et/ou de l’information avec leur environnement.
Ordonnées et ouvertes, ces structures dites dissipatives se nourrissent d’inégalités : inégalités de paramètres physiques dans le cas des structures naturelles, qu’elles soient minérales ou vivantes, inégalités de paramètres sociaux dans le cas des structures sociales, que nous nommerons « sociétés de croissance ».
Les caractéristiques d’une société de croissance, c’est-à-dire la seule à même de se maintenir hors équilibre et de se pérenniser comme structure dissipative (ouverture, ordre, inégalités, consommation de ressources, émission de déchets) sont antinomiques avec les valeurs de gauche, aussi bien du communisme que de l’écologisme.
La nature des structures thermodynamiques associées au communisme et à l’écologisme les différencie fondamentalement de la société de croissance :
- En promettant l’enrichissement absolu à travers une redistribution égalitaire, le marxisme conduit à une situation absurde : il finit par partager des richesses nulles, comme on l’a vu avec l’effondrement du soviétisme.
- À l’égalitarisme communiste, l’écologisme ajoute la notion de décroissance. Là où le marxisme promettait un enrichissement illusoire, l’écologisme promet un appauvrissement volontaire, mais heureux.
Alors que la pensée rationnelle considère le développement comme la seule solution efficace et humaine aux problèmes de l’humanité (notamment à la surpopulation), les écologistes décroissantistes, désireux avant toute chose de promouvoir une réduction de la population et de son bien-être, voient au contraire dans le développement un ennemi et à ce titre peuvent être à bon droit qualifiés d’ennemis du genre humain. C’est pourquoi ils s’opposent par exemple à l’énergie nucléaire qui, parce qu’elle est infinie, permettrait à davantage de gens de vivre sur la Terre, un démenti à leur idéologie malthusienne, qu’ils ne supportent pas.
Réguler les jets privés n’est qu’une grande excuse
Les hommes politiques ont toujours été à la recherche de prétextes pour justifier leur existence et leurs actions. C’est d’ailleurs ainsi que les États ont grossi de plus en plus à l’ère moderne pour devenir les États obèses que nous connaissons.
Ces dernières années, ils ont eu de la chance, si l’on peut dire, car ils n’ont pas vraiment eu besoin d’inventer des crises.
Le covid est venu à point nommé pour justifier l’accroissement du pouvoir de l’État et pour imposer des mesures tatillonnes et liberticides. Néanmoins, si les gouvernants n’ont pas inventé cette crise, ils ne l’ont pas non plus prévue. Or, gouverner c’est prévoir. Ils ont donc failli à leur devoir de protéger la population, eux qui brandissent le principe de précaution à toute occasion.
Par ailleurs, sous couvert de crise climatique, l’opinion est conditionnée à l’idée que le monde court à la catastrophe par la faute de l’utilisation des énergies fossiles, lesquelles sont responsables des émissions anthropiques de GES (spécialement le CO2). Les gens sont culpabilisés avec des objectifs aussi délirants que la décarbonation de toutes les activités alors que le carbone est la matière première du vivant. « Si vous contrôlez le carbone, vous contrôlez la vie », a écrit le professeur de physique de l’atmosphère du prestigieux MIT, Richard Lindzen.
Le léger réchauffement récent de la planète est un fait dont les causes sont controversées, car difficiles à mesurer, dans un domaine dont la connaissance scientifique est très loin d’avoir compris tous les éléments, et n’y parviendra peut-être jamais tant le sujet est complexe. Sans aucune étude sérieuse, les pouvoirs politiques de l’UE ont répandu l’idée que pour lutter contre ce phénomène sans doute largement naturel, il allait falloir accepter une régression sociale et économique, et abandonner nos libertés, pour les aider eux à nous protéger. De plus en plus de voix s’élèvent en ce sens, ce qui devient très dangereux pour les libertés.
Olivier Véran et Sandrine Rousseau vont bien entendu justifier leurs propositions en prétextant le climat. Par exemple, les jets privés représentent une goutte d’eau dans l’océan quand on sait que la part globale du transport aérien dans la demande mondiale de fuel en 2017 n’était que de 5,8 %.
Laissons donc les Elon Musk, Bill Gates et autres Peter Thiel de ce monde se déplacer à pied, à cheval ou en voiture, en jets privés, en yacht ou en Ferrari, c’est leur affaire.
Vive la liberté !
