Deuxième bombe à retardement : l’industrie française en perte de vitesse
L’industrialisation d’un pays ne se fait pas avec des incantations comme le fait notre ministre de l’Économie.
Elle ne se décrète pas, mais s’obtient uniquement grâce à un environnement fiscal et normatif lui permettant de s’imposer dans le monde, ou tout au moins en Europe en ce qui nous concerne.
La France a tout faux depuis la fin du XXe siècle
En 1982 François Mitterrand a abaissé démagogiquement l’âge de la retraite à 60 ans alors que la majorité des autres pays la maintenaient à 65 ans. À ce jour il a été ramené à 62 ans tandis qu’en Allemagne, premier concurrent industriel, il est à 65 ans + 10 mois en attendant 67 ans d’ici 2030.
Au premier janvier 2000 pour les entreprises de plus de 20 salariés et 2002 pour les autres, la mise en place des 35 heures qui a sonné le glas de l’industrie française.
Ajoutons une inflation de normes et décrets atteignant à ce jour le chiffre de 400 000 et dont une majorité est contraignante pour l’industrie, alors que nos voisins les ont limité à 80 000 ; sans oublier que la transposition de celles-ci en droit français se fait presque systématiquement en y ajoutant des contraintes, ce qui n’est pas le cas en Allemagne.
L’évolution des charges sur les entreprises est réalisée sous plusieurs formes, la première étant les charges dites sociales dont la France détient depuis des décennies le record du monde. Mais il faut également prendre en compte les impôts de production, soit environ 100 milliards d’euros en France contre 14 milliards chez nos voisins.
Le Code du travail enfle pour atteindre pratiquement 4000 pages que chaque entrepreneur est sensé connaître dans les détails, ce qui naturellement ne peut pas être le cas, ouvrant alors un nombre considérable de conflits avec les salariés et l’administration.
Le tournant des années 2000
À cette période, le pays était presque sur un pied d’égalité avec l’Allemagne, que l’on disait pourtant être l’homme malade de l’Europe. L’industrie des deux côtés de la frontière représentait environ 24 % du PIB.
Consciente de sa fragilité au niveau mondial, l’Allemagne, avec le chancelier Schroeder à sa tête, a mis en place un certain nombre de mesures drastiques, dites lois Hartz 1 à 10, lesquelles ont permis le redressement spectaculaire de l’économie allemande, principalement son industrie.
Pendant la même période, l’immense erreur de Jacques Chirac a été de dissoudre l’Assemblée nationale, ce qui a donné des ailes au gouvernement de Lionel Jospin qui a réalisé une promesse totalement démagogique avec les 35 heures.
C’est à ce moment que la France a décroché par rapport à l’Allemagne, qui a même augmenté la part de l’industrie dans son PIB, alors que le pays est passé en dessous de 10 % de PIB, qui a de plus évolué moins vite.
Sac à dos
C’est une allégorie entendue de plus en plus et dont je revendique la paternité par un article paru dans les 4 Vérités le 3 novembre 2018.
Il s’agit de comparer la performance de nos chefs d’entreprise à la prouesse d’un athlète de haut niveau qui devrait courir avec un sac à dos chargé de 50 kg.
Le sac à dos de notre entrepreneur serait chargé de taxes, d’impôts et de contraintes en tout genre dans la gestion de son entreprise. Il est évident qu’il ne pourra pas suivre la concurrence européenne et mondiale quand celle-ci dispose d’un environnement beaucoup moins contraignant.
Notre sac à dos est chargé de prélèvements obligatoires sans commune mesure par rapport à la concurrence. Dans son dernier livre Agnès Verdier-Molinié les estime à 150 milliards d’euros auxquels il faut ajouter les contraintes imposées par un Code du travail démentiel qui fait le délice de notre administration avide de moyens mis à sa disposition pour entraver les entreprises.
Un autre handicap rarement évoqué concerne les hauts salaires des cadres. En effet, à 4000 euros brut par mois les charges sociales, non plafonnées en France, sont deux fois plus importantes qu’en Allemagne et trois fois plus pour un salaire de 8000 euros. Le marché du travail ne connaissant plus de frontières en Europe, si un chef d’entreprise français veut garder ses cadres il doit sensiblement augmenter leur salaire brut afin qu’ils disposent d’un revenu net équivalent à celui des voisins !
L’État semble enfin en prendre conscience et cherche à y remédier mais seulement en réduisant la charge du sac à dos. Mais ce n’est pas en passant de 50 à 40 kg que le chef d’entreprise pourra concurrencer son équivalent allemand, il faut impérativement le supprimer rapidement.
Ceci d’autant plus que les entreprises françaises surimposées ne sont pas en capacité de générer une marge suffisante pour des investissements indispensables. Elles doivent faire appel à l’endettement alors que leurs voisins qui peuvent se leur permettre disposeront d’un bilan beaucoup plus présentable.
Sur les vingt dernières années c’est une perte de rentabilité colossale pour les entreprises françaises qui se concrétise par une perte régulière et catastrophique du potentiel industriel du pays.
La descente aux enfers va continuer
Qui aura le courage de mener à bien cette réforme ?
Je doute fort que ce soit ce gouvernement et ses mesures homéopathiques sans aucun impact sur l’avenir économique du pays. Vingt années de déni de la réalité obligeront une véritable révolution industrielle. Si les réformes ne sont pas réalisées immédiatement, ce seront le FMI, la BCE et l’UE qui les imposeront car ce laxisme va mettre en danger l’existence même de l’Europe qui devra rapidement imposer des règles économiques identiques chez tous les membre de sa communauté.
Il est évident que jamais nos partenaires ne se caleront sur nous qui avons démontré l’inefficacité de notre système, d’autant plus qu’une simple réflexion pourrait nous convaincre. En effet la surtaxation a fait disparaître plus de la moitié de l’industrie française. Diminuer de 50 % les charges fera remonter à un minimum de 20 % sa part dans le PIB. Donc, mathématiquement, les rentrées fiscales à terme seront identiques à celles d’aujourd’hui.
Conclusion
Imposons tout de suite cette réforme par une loi cadre qui sera ainsi gravée dans le marbre. Elle garantira aux entreprises industrielles sa pérennité et sera la seule façon de faire revenir celles qui ont été contraintes de délocaliser depuis une vingtaine d’années.
Notre PIB fera alors un grand bond en avant et nous pourrons alors talonner, voire dépasser nos collègues allemands. Sans cela, une nouvelle bombe à retardement nous attend !
