L'attentat à Trèbes et Carcassonne avait fait quatre morts dont le colonel Beltrame : sept personnes renvoyées aux assises
Radouane Lakdim, tué lors de l'assaut du GIGN dans un supermarché de Trèbes, dans l'Aude, où il s'était retranché, n'a bénéficié d'aucune complicité, mais sept personnes de son entourage, six hommes et une femme âgés de 22 à 33 ans, ont favorisé son passage à l'acte, considèrent les trois juges d'instruction chargés de ce dossier.
Que savaient-ils du projet criminel ?La plupart des mis en cause vivaient au moment des faits dans la cité Ozanam à Carcassonne, où habitait aussi l'auteur des attaques, délinquant de droit commun radicalisé, âgé de 25 ans. Tous ont assuré ignorer le projet criminel de l'assaillant, qui était fasciné par les armes et haïssait les forces de l'ordre.
Le matin du 23 mars 2018, Radouane Lakdim vole une voiture à Carcassonne. Armé, il tue le passager de 61 ans et blesse le conducteur de 26 ans. Il tire ensuite sur un groupe de CRS à proximité de leur caserne, blesse l'un d'eux puis rejoint un supermarché Super U à Trèbes.
Se présentant comme un soldat du groupe Etat islamique (EI) et criant "Allah Akbar", il y tue un boucher et un client. Il égorge ensuite le lieutenant-colonel Arnaud Beltrame qui s'était livré à la place d'une otage. Radouane Lakdim a ensuite été abattu par les forces de l'ordre.
La petite amie du terroriste parmi les accusésDans leur ordonnance de mise en accusation, signée mercredi et consultée par l'AFP, les magistrats vont plus loin que les réquisitions du parquet national antiterroriste (Pnat) et retiennent l'association de malfaiteurs terroriste criminelle pour cinq des suspects.
Parmi eux, la petite amie et le plus proche ami de l'assaillant, Marine Pequignot, 22 ans, et Samir Manaa, 27 ans.
Marine Pequignot, une convertie "totalement imprégnée de l'idéologie jihadiste", avait justifié lors de sa garde à vue les attaques de Radouane Lakdim, qu'elle fréquentait depuis plusieurs années. "Vous ne comprenez pas la religion. Mais tout musulman doit défendre la religion, en parole ou en acte", avait-elle assuré, avant plus tard de nuancer ses propos.
Samir Manaa, délinquant de droit commun, faisait du sport et du trafic de stupéfiants avec Radouane Lakdim. Quinze jours avant les faits, il l'avait accompagné pour acheter le poignard utilisé pour égorger Arnaud Beltrame.
Trois autres hommes, Sofiane Boudebbouza, 24 ans, Reda El Yaakoubi, 32 ans, et Ahmed Arfaoui, 27 ans, sont renvoyés pour des qualifications criminelles alors que le Pnat n'avait retenu à leur encontre que des délits.
Déjà condamné quand il était mineur pour avoir projeté de se rendre en zone irako-syrienne en 2017, Sofiane Boudebbouza est accusé d'avoir fourni un soutien intellectuel à Radouane Lakdim lors de discussions sur un forum acquis à l'idéologie jihadiste.
Trois hommes poursuivis pour des délits connexesAhmed Arfaoui, beau-frère de l'auteur, avait nettoyé le domicile familial des Lakdim, emmenant un sac volumineux avec lui, avant une perquisition.
Enfin, deux autres suspects, Baghdad H. et Sofiane M., sont renvoyés pour des délits connexes, notamment la détention d'armes.
Sofiane M. avait été mis en examen pour association de malfaiteurs terroriste criminelle. La réduction des charges retenues contre lui "est une belle décision qui n'était pas évidente à obtenir, au regard de la pression populaire et du caractère insoutenable de ces actes terroristes que je suis le premier à condamner", a réagi son avocat, Me Pierre Debuisson.
Radicalisation signaléeUn quadragénaire, mis en examen depuis 2019, bénéficie en revanche d'un non-lieu. Présenté comme un père de substitution de Radouane Lakdim, il était un informateur des services de renseignements.
"Mon client a dû s'exposer pour se défendre. Il s'est mis en danger en révélant être une source de la DGSI et il a fallu déclassifier des notes de renseignement pour établir sa crédibilité et son innocence", a souligné son avocat, Me Moad Nefati. Son client s'est senti "abandonné par ses officiers traitants".
Il avait signalé en 2014 la radicalisation de Radouane Lakdim, puis alerté sur son comportement en janvier 2018. Mais un rapport du 16 janvier 2018 proposait "une mise en veille de la surveillance" de l'assaillant, aucun élément ne témoignant de son appartenance à la mouvance jihadiste.
Revendication "opportuniste" de l'EIL'EI avait revendiqué ces attaques, une revendication jugée "opportuniste" par la justice : les investigations n'ont pas établi de contacts entre l'auteur et l'organisation.
Les autres avocats contactés n'ont pas répondu ou n'ont pas souhaité réagir.
AFP
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