Hans Kreusler : « Il faut défendre la forêt »
Fleurat. Causerie sur les arbres avec M. Hans KREUSLER. À l’invitation de Fleur de lire, Hans Kreusler, gestionnaire forestier, anciennement membre du conseil scientifique du Conservatoire des espaces naturels du Limousin, est intervenu pour répondre aux interrogations sur les arbres limousins et leur devenir face au réchauffement climatique.
La surface boisée augmenteLa surface boisée actuelle est beaucoup plus importante que dans les siècles précédents. Elle a beaucoup augmenté dans la Creuse : en 1848, étaient recensés 38.000 hectares de bois, actuellement 160.000. M. Kreusler remarque que tous les forestiers, jeunes ou novices, sont impatients mais si cette augmentation est lente, elle est partout et tout le temps. Dans la Creuse, elle représente entre 5 et 10 m 3 par hectare et par an. L’exploitation était réglementée. Il y avait des forêts bien avant qu’il n’y ait des hommes pour s’en occuper ! La consommation par habitant ne cesse d’augmenter.
Planifier l’utilisation du bois date de très longtemps. Le forestier sélectionne les arbres les plus recherchés. On peut planter les arbres dont on a le plus besoin mais il faut beaucoup de chance et de temps pour y arriver car la forêt est résistante et résiliente. Il est sage de ne pas mettre « tous ses œufs dans le même panier » quand le climat change. On a observé que des arbres qui ne devraient pas vivre ici y parviennent très bien. La nature trouve de nouvelles solutions.
Que faire face au changement climatique ? La tentation est très grande de couper et de remplacer par d’autres arbres qui s’adapteront mieux à la chaleur. La question est lourde de conséquence : la forêt est vitale pour l’espèce humaine. Il faut bien faire quelque chose mais la forêt, c’est comme une société : on ne peut pas la remplacer de but en blanc. Plusieurs conseils néanmoins : observer ce qui se passe, comment les arbres réagissent, planter ici ou là quelques arbres qui viennent d’ailleurs mais surtout pas pour remplacer tout l’existant. Le Gulfstream est responsable du climat tempéré européen ; si le scénario du réchauffement climatique n’est pas exactement celui qui est prévu actuellement, il faut garder le plus d’options possibles. En forêt, c’est plus facile qu’en agriculture. Il faut faire cohabiter des arbres : plus le mélange est complexe, plus cela permettra à la forêt de s’adapter.
Pour une forêt de chênes, la maturité est d’une centaine d’années donc il s’agit d’infléchir l’évolution plutôt que de l’imposer.
Ormes et coupes rasesLes participants ont ensuite posé des questions, par exemple sur la disparition des ormes : le problème vient d’un insecte et d’un champignon qui ne s’attaquent qu’à cet arbre. Question sur les coupes rases : y a-t-il obligation de replanter ? Le défrichement demande une autorisation de la DDT (Direction département des territoires) s’il est supérieur à un hectare. La coupe rase est brutale mais si ce sont des feuillus, ils repousseront en taillis. Le propriétaire a cinq ans pour reboiser à cause de la présence de parasites qui vont disparaître tout seuls. Sur tout le département de la Creuse, un seul agent est chargé de faire respecter la loi. Les gens qui ne s’intéressent pas à leur bois sont très nombreux alors qu’ils ont là un potentiel extraordinaire.
