Lac de Montcineyre : une réserve d'eau potable sauvage entre monts Dore et Cézallier (Puy-de-Dôme)
Aucun panneau n’indique la direction du lac de Montcineyre. Pour s’y rendre, on emprunte un chemin carrossable depuis la départementale 36 sur la commune de Compains (Puy-de-Dôme). Quelques vététistes et randonneurs s’y aventurent. On se fie à la carte (ou au GPS du téléphone).
Dans les prairies environnantes, les vaches se prélassent. En silence. Seul le bruit des semelles de chaussures sur le sol caillouteux s’exprime.
Après une quinzaine de minutes de marche, l’étendue d’eau apparaît. Lisse. Sans remous. Restée sauvage dans son isolement, un sentiment de plénitude règne. Un groupe d’amis est assis au bord. À proximité, deux panneaux plantés en évidence. « Baignade, canotage et pêche strictement interdits », « Sivom de la région d’Issoire - Propriété privée ».À la fin du chemin caillouteux sous les arbres, le lac de Montcineyre se dévoile.
En forme de croissant, le lac de 40 hectares, né il y a six millénaires après l’éruption du volcan Montcineyre (Monts des Cendres) est un site protégé entre le massif du Sancy et le Cézallier. Entourées de hêtres, ses profondeurs servent de réserve naturelle d’eau potable pour la région d’Issoire et le sud Clermont.
Pour éviter de transmettre des bactéries, la baignade y est interdite. Même tremper les pieds. Sur place, un gardien veille au respect des consignes 24 heures/24, en particulier pendant la saison estivale.
Rencontre fortuiteDepuis l’avancée sur le lac de la maison du garde, le courant d’air, venu du nord, vivifie. Deux randonneuses s’approchent.
En parka et tee-shirt rose, bâtons de marche en main, Annick, 88 ans, et Jeannine, 87 ans, « amies depuis toujours », ne sont pas des touristes. Elles connaissent. Surtout Annick Tixier.Dernière propriétaire du lac de Montcineyre, Annick (à gauche), 88 ans, et son amie Jeannine, 87 ans, discutent près de la maison du gardien. Après 40 années, Annick se remémore des souvenirs autour de « son » lac.
« J’ai découvert le plaisir de la randonnée ici. On y venait du 1er mai au 1er octobre tous les week-ends. » L’octogénaire est, avec son mari, la dernière propriétaire du lac et de certains bois aux alentours. Le hasard fait parfois bien les choses.
Racheté en 1986 à la famille Tixier par le Sivom de la région d’Issoire, aujourd’hui Syndicat mixte de l’eau, le lieu n’a pas toujours été calme.
À l’époque, on autorisait les gens à venir pique-niquer, dormir autour. Mon mari avait même fait venir des planches à voile, c’est pour dire.
« Le lac est alimenté essentiellement par des sources souterraines. » Des cratères profonds. « Après les hêtres là-bas et à droite dans l’autre anse », lance-t-elle en pointant avec son bâton. « Lorsque nous l’avons acheté, dans les années cinquante, il faisait 37 hectares et on pouvait en faire le tour. »
Aujourd’hui, faire le tour des berges s’avère compliqué. Les tourbières humides accaparent le rivage. Sur le passage vers, ou depuis le lac Pavin, les marcheurs apprécient cependant la quiétude de ce lac méconnu.
« Il pourrait servir pour alimenter Issoire et le bas Livradois. La ligne sud du réseau. » Arnaud Morin, ingénieur en charge de l’entretien des canalisations du réseau au SME, en est conscient. « Mais on n’en est pas là. »
Les différents captages de sources en gravitaire autour du lac sont suffisants et rassurants. Des investissements importants ont été faits pour ceux de Chaumiane et La Gardette, il y a deux ans.
Même si une plateforme de pompage est installée au milieu de Montcineyre, son utilisation n’est pas pour tout de suite. « Il faudrait de gros problèmes : une diminution drastique de l’eau dans les sources ou une pollution extérieure. »
Des études bactériologiques devront être faites si la réserve doit servir. « Mais déjà, l’interdiction de la baignade et des activités touristiques sur le lac limite les choses. C’est un bel endroit. »
Raymond Astier, président du SME ajoute : « ce n’est pas pour rien que mes prédécesseurs ont acheté ce lac. Ils avaient une vision pour l’avenir ».
Texte et photos : Bastien Durand
