Une tiny house avec fenêtres sur champs : récit de ma grande nuit dans ma petite maison, perdue au cœur du Loiret
Qu’est-ce qui est petit, rectangulaire, noir, qui roule, et qui sent bon les fleurs des champs ? La tiny de la chèvrerie de Rilly. À Cravant. Qui roule ? Le principe de cette petite maison autonome sur roues est de pouvoir être mobile, du moins théoriquement. Qui sent bon les fleurs des champs ? Ça dépend de la saison évidemment, mais on y respire toujours le grand air et jamais le voisinage de la chèvrerie n’est gênant.
Qu’est-ce que ce concept exactement ? L’idée est celle de Parcel, société fondée en 2019 par une équipe de "passionnés du bien voyager et du bien manger". Elle consiste à installer des tiny houses sur les terres d’exploitants agricoles. Offrir un complément de revenu à ces derniers tout en proposant des instants de déconnexion à des clients stressés qui, de l’essentiel, se sont éloignés : tel est le but recherché.
François, artisan-menuisier, a construit la cabane en deux mois. Le bois provient des Landes. Équipée de panneaux solaires, la tiny house est autonome en électricité. Photo Pascal Proust
Pas un simple hébergementCélia, éleveuse de chèvres au cœur de la Petite Beauce, 32 ans, accueille, depuis peu, une de ces maisonnettes dans l’air du temps. Journaliste à La Rép’, j’ai testé cette nouveauté. Résumé de cet agréable moment.
Premièrement, il faut intégrer que la tiny de la chèvrerie n’est pas un simple hébergement. Rencontrer l’éleveuse et découvrir son métier sont une vraie opportunité dont j’ai profité.
Célia nourrit sa quarantaine de chèvres deux fois par jour. Ici, à l’heure du dîner. Photo B. L.
Vers 17 heures, je fais la connaissance des "filles" de Célia, une quarantaine d’alpines, excitées par l’imminent repas. Trois ans déjà que cette Loirétaine d’origine s’est lancée dans l’élevage et la production de fromage. Une reconversion :
"J’ai d’abord obtenu un BTS métier de l’eau, travaillé dans un conservatoire d’espaces naturels, avant de réaliser que j’étais assise toute la journée, que ce n’était pas assez concret. J’ai donc passé un brevet de responsable d’exploitation agricole, puis me suis spécialisée dans le secteur caprin."
Du côté de la fromagerie... Une centaine de fromages sortent, par jour, à cette saison. Photo B. L.Célia "assume"L’exploitation s’étend sur dix-sept hectares. Des prairies, pour permettre aux bêtes de pâturer à volonté. Mais aussi du maïs, de l’orge, des pois, pour compléter leur nourriture, en particulier quand la sécheresse sévit l’été.
"Nous faisons tout sur la ferme, sauf le tourteau de colza. Nous tendons à aller vers l’autonomie", souligne la jeune passionnée qui a une vision engagée du métier.
Je n’assiste pas à la traite du soir. Et pour cause ; il n’y en a point. "Je ne tire le lait que le matin. Il est ainsi plus concentré et meilleur est le rendement fromager." Célia confie à quel point il est "compliqué de s’installer" ; notamment en raison du "manque de terres". "La ferme était à la famille de mon beau-père…" : sans cette opportunité, elle ne se serait pas lancée.
La trentenaire est fière de ce qu’elle a créé : "C’est une petite exploitation, mais je la gère à ma façon, en étant présente à chaque étape." Y compris l’abattoir, "pénible moment". Forcément. Mais Célia "assume", et n’hésite pas à expliquer aux visiteurs son fonctionnement, à démontrer que tout est fait dans les meilleures conditions possibles, à prouver que le cycle naturel de la chèvre est respecté. Car 80 % des clients, estime-t-elle, loin de rester cloîtrés dans la tiny, s’intéressent à la vie à la ferme.Une des quelque 40 alpines. Photo B. L.
Direction la tiny...D’ailleurs, en parlant de la tiny… Il est 19 heures. Le moment est venu de prendre la direction la petite maisonnette, implantée à quelques pas seulement de la chèvrerie. La première impression en entrant dans ce petit nid douillet de 15 mètres carrés est faussée. Vague de chaleur oblige, un des grands rideaux est fermé. Or, le principal charme de ce rectangle de bois réside dans ses façades bordées de larges fenêtres pour admirer, depuis le "lit panoramique", la vue dégagée. La surprise, plus tard, n’en sera que décuplée.
La maisonnette fait 15 mètres carrés. On y trouve des toilettes sèches et une douche. Mais c’est surtout le lit panoramique que l’on retient. Quel bonheur ces larges baies vitrées. Photo Pascal Proust
Sinon, voici, pêle-mêle, ce que je trouve dans mon habitation en bois : une jolie rose fraîche dans son petit vase, une boîte à compost, du thé en vrac d’une commune toute proche, du gel douche d’une savonnerie non loin, une brosse à dents écoresponsable, des poubelles pour le tri (malgré le maigre espace), un grille-pain peu commun, un romantique poêle à gaz pour l’hiver, un atlas pratique des fromages, une radiocassette (je vous promets !) et des K7, celles de Joe Cocker, Bob Marley et Clara Luciani (si, si !).
Toilettes sèches avec tapis roulantTrois choses retiennent particulièrement mon attention. La première, les toilettes sèches : je connaissais celles à la sciure, je découvre celles à pédale, avec tapis roulant. La matière est récupérée et transformée en compost. Côté odeurs, aucun désagrément. Ils permettent d’économiser 15.000 litres d’eau par personne et par an.
La deuxième : le "carnet du voyageur responsable et curieux". Un ingénieux condensé de tout ce qu’il faut savoir quand, dans la tiny, on passe une nuit : le concept de Parcel, la construction de la maison, la passion de Célia, les bonnes adresses du coin… Ces quelques lignes en sont tirées :
"Le seul programme de vos journées ? Chiller (se détendre), méditer, se balader, écouter la nature, respirer, bref kiffer" ; "Vivre en autonomie demande un peu d’organisation et quelques petits sacrifices, douche de trois minutes maximum recommandée."
L’occasion est donnée de goûter à un échantillon de fromages fabriqués par l’éleveuse. Photo Pascal ProustLa troisième : le frigo. Ou plutôt ce qu’il contient. Un plateau de fromage (en sus) proposant une sélection des produits variés fabriqués par Célia. Un petit déjeuner (également en supplément), lui aussi à base de bons produits de la ferme. Un sympathique moyen de manger local, de pousser l’immersion, d’apprécier le travail de l’éleveuse. À noter que, selon la saison, il est également possible de réserver une pièce de viande (par exemple du chevreau) à griller sur le brasero.
Une "parenthèse contemplative et déconnectée"À part ça, à l’occasion de cette "parenthèse contemplative et déconnectée", voici, par-ci par-là, ce que je vois, depuis ma maison : une belle perspective sans vis-à-vis, un silo lointain, les arbres du petit bois de Rilly, deux éoliennes (et une troisième en construction), trois petits cochons (nourris au petit-lait des chèvres), un lièvre, puis deux, un chevreuil, suivi d’un second, une lune, pas loin d’être pleine, et, dans la matinée, un troupeau de chèvres aux mamelles dégonflées...
En outre, au cours de ce mini-séjour, voici, de-ci de-là, ce que j’entends depuis "mon" chez-moi : des oiseaux par centaines, un coq qui chante, une chèvre qui se gratte contre une gouttière, des insectes nocturnes qui vrombissent, un tracteur qui rentre, un arroseur qui tourne…
L'un des trois petits cochons. Photo B. L.
Retour à la simplicitéPendant cette micro-aventure, voici, en résumé, ce que je vis, en marge de ma tiny : le début d’une amitié avec Vermicelle, Paupiette, Jean-Pierre et compagnie (les noms des chèvres de Célia qui ont été choisis par leurs parrains et marraines), la découverte de la traite de ces dames de bon matin, un petit déjeuner face aux champs qui ne régale pas que les citadins, une immersion totale dans l’univers caprin, une rencontre enrichissante avec Célia, toujours pleine d’entrain.
Qu’est-ce qui est grand, reposant, qui a la couleur du soleil couchant et l’odeur des champs de blé ? Le souvenir que je vais garder de cette paisible nuitée. Bien sûr, si, comme moi, vous avez grandi dans ce genre de décor, ne vous attendez pas à découvrir un trésor. Mais si, comme moi, vous avez tendance à ne plus prendre le temps d’observer et d’écouter, vous sortirez heureux de ce retour, même court, à la simplicité.
Pas de télévision, pas de wifi (mais un bon réseau 4G pour les plus inquiets), le spectacle du soleil couchant est à portée de main. Photo Pascal Proust
Pratique. Nuitée à partir de 129 € pour deux adultes. Plus d’infos sur le site : www.parceltinyhouse.com/location/chevrerie-de-rilly-proche-paris. La chèvrerie, 7 hameau de Rilly, se situe à Cravant, à une trentaine de minutes à l’ouest d’Orléans. De la vente directe à la ferme y est proposée les mercredis et samedis après-midi. Pour contacter Célia : 06.51.68.99.58.
Blandine Lamorisse
