Pourquoi les myrtilles du Trimoulet à Boussac-Bourg (Creuse) ont un petit goût d'Argentine ?
Les journées commencent tôt en ce moment dans les vergers de Boussac-Bourg. La récolte des myrtilles bat son plein. « On se lève à 5 heures du matin », indique Auriane Rémigy.
Cette quadragénaire est arrivée d’Argentine avec sa famille fin février. « Nos deux enfants se sont très bien intégrés, alors que c’était un sacré déracinement. Ils sont bien à la campagne. La seule chose qui les embête, c’est qu’on travaille trop. On n’est pas souvent avec eux. Ça viendra. »
A 280 km des chutes d’eau d’IguazuIl y a moins de six mois, tous vivaient dans la province de Misiones, à 280 km des célèbres chutes d’eau d’Iguazu, près de la frontière brésilienne. Ils cultivaient des myrtilles sur 15 hectares, avec les parents de Federico. « Tout ce qui est produit en Argentine part à l’export. Ça fait seulement cinq-six ans que c’est un fruit consommé en local », explique le couple.
Leur souhait de quitter l’Amérique du Sud remonte à l’été dernier. « J’avais envie d’être plus proche de ma famille, raconte Auriane. Et nous voulions faire un investissement à un endroit différent. »
Originaire de Lorraine et du Pays basque, la jeune femme a rencontré Federico en Argentine alors qu’elle avait 17 ans. « Avec mes parents, nous étions expatriés là-bas pendant deux ans pour EDF. »
Une annonce sur internetC’est Federico qui a vu sur internet l’annonce de Geoffrey Estienne. Connu à Boussac-Bourg pour ses myrtilles et son vin nature, il cherchait à vendre ses vergers de fruits rouges. « Nous étions en vacances au Pays basque, se souvient Auriane. Nous sommes passés ici une journée. Nous sommes restés 7 heures sous la pluie avec monsieur Estienne. Nous sommes repartis avec cette idée en tête. »
La transaction a pu se faire dans les mois suivants. La famille s’est installée en Creuse fin février. Auriane Rémigy voit leur arrivée à Boussac-Bourg comme « un signe du destin ». « Nous faisons ici la même chose qu’en Argentine, ajoute son mari, qui parle parfaitement français car le couple a vécu trois ans à Versailles. Cela fait plus de 20 ans que nous produisons des myrtilles. Nous avons l’expérience. »
La course à cause de la chaleurLes fortes chaleurs obligent les cueilleurs à courir depuis quelques semaines. « Il faut récolter très vite. » Auriane s’occupe de la vente et de l’administratif. Federico est sur le terrain. « C’est un métier difficile, assure le quadragénaire à la carrure de rugbyman. Mais nous sommes des battants. Il faut être prêt à l’aventure et avoir cet esprit entrepreneur. Il y a plein de barrières mais on arrive à les sauter. C’est pareil en Argentine. »
En plus des deux salariés permanents, une trentaine de saisonniers sont embauchés cet été pour la récolte et le conditionnement. « Il nous en faudrait 55. La grosse difficulté, c’est la main-d’œuvre. Les gens ne sont pas motivés pour travailler. C’est un peu décourageant. »
Il faut dire que le travail n’est pas facile. Les myrtilles sont cueillies à la main, une par une. Entre 35 et 40 tonnes devraient être récoltées cette année.
Bientôt trois hectares supplémentairesL’exploitation, qui s’étend sur six hectares à Boussac-Bourg et Clugnat, est en train de s’agrandir. Les propriétaires ont commencé à planter de nouveaux arbustes sur trois hectares. « C’est une culture en agriculture raisonnée, en hors-sol, explique Federico. C’est une autre variété qui nous permettra d’aller plus loin dans la saison, jusqu’à fin août-début septembre. »
Pour fournir ses clients toute l’année, le couple a décidé d’importer des myrtilles d’Argentine. Il fera venir des fruits d’Amérique du Sud quand la récolte sera terminée en Creuse.
Auriane et Federico estiment avoir été très bien accueillis. Ils habitent à Vijon, dans l’Indre, mais leurs enfants, âgés de 9 et 12 ans, sont scolarisés à Boussac. La famille se sent bien dans ce petit coin de Creuse. « J’aime la nature, la tranquillité. Il n’y a pas de bouchons sur la route, relève Federico. J’ai eu la chance de voyager partout. Je connais Berlin, Mexico, Buenos Aires. Toutes les grandes villes, c’est compliqué. Les gens sont stressés. Ça me plaît énormément ici. C’est un endroit magique, vous ne vous en rendez pas compte ! »
Où trouver les myrtilles du Trimoulet ?Auriane et Federico ont développé l’aspect commercial. Ils travaillent avec des restaurateurs du nord de la Creuse, avec des agriculteurs « qui veulent compléter leur production de fruits », des grossistes, des supermarchés (Grand frais, Centre frais à Guéret, Leclerc). Ils vendent aussi sur les marchés (Boussac, Montluçon, La Châtre), à la boutique de leur ferme (13 € le kilo). Les clients peuvent également venir faire de la cueillette en libre-service sur les parcelles de Clugnat (6,30 € le kilo, les mardis, jeudis et samedis, de 15 heures à 19 heures, en juillet et août).
Texte : Catherine PerrotPhotos : Floris Bressy
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