Le "merit system" pour la Clermontoise Marjorie Veyssière, qui étrenne sa première sélection tricolore lors des Mondiaux
Les enfants du Cantal, lorsqu’ils montent à Clermont pour leurs études, apportent souvent aux clubs locaux, dans les bagages de leurs qualités, celle d’une généreuse persévérance.
Et donnent alors à la logique chrono-qualif une autre perspective. Comme l’officialisation de l’entrée de Marjorie Veyssière dans le collectif du relais 4x400 français quatre jours après ses France de Caen. Le fruit de ses belles courses, bien sûr, sur la piste d’Hélitas. Une série assurée en 53’’00 avant une ardente finale livrée en 52’’97.
Mais avant encore, la récompense de ses choix, ses séances, sa trajectoire même. Depuis le départ, en quittant Aurillac pour passer une licence STAPS à Clermont, en 2013. « Parvenir à son niveau, c’est un travail de plusieurs années, rappelle Jean-François Pontier. D’abord celui réalisé avec François Juillard qui l’a fait passer de 62’’ à 53’’. Puis moi qui n’ai fait que le petit travail de réglages ».
« La distance m’est venue naturellement »Des années d’entraînement dans une discipline à souffrance. Ce 400 m, aux limites du sprint. « La distance m’est venue naturellement. C’est celle qui me correspond le mieux. Je ne suis pas très rapide mais assez résistante. C’est douloureux, oui, admet la sprinteuse de 26 ans. Mais il faut accepter de se faire mal à l’entraînement, accepter les séances à gros pics de lactique ».
Accepter de même les aléas de l’athlète, sa déchirure au mollet, fin mars, l’an dernier. Mais accepter aussi les épreuves hors la piste, prévues ou imprévisibles.
« J’ai privilégié les études et énormément travaillé pour le concours de professeur des écoles en 2018. Ensuite, j’ai pris un mi-temps pour ma préparation. Mais le Covid a tout coupé »
Et, pour s’entraîner sur Clermont, posé le deal : perdre une part de ses revenus sinon travailler plus dur, plus condensé. « Pour mener mon projet dans des conditions plus optimales, je suis partie dans l’enseignement adapté, en SEGPA, au collège Albert Camus de Clermont. C’est sportif, ça demande de l’énergie, sourit l’enseignante, mais je m’y retrouve bien ».
« En mettant sa carrière de côté, elle a fait un choix fort », tranche Pontier, admiratif. Lequel loue autant son comportement à l’entraînement. Six séances hebdomadaires, désormais complétées par deux de musculation, réglées par Thomas Sinacori.
Un rêve matérialiséSa fin de course en témoigne. Sa force. « Elle a passé un cap », confirme son coach. Alors, deuxième, troisième relayeuse?? La décision reviendra au manager de l’équipe de France, Djamel Boudebibah. Titulaire ou pas, la sprinteuse matérialise son vieux rêve dans l’Oregon.
« Tout est nouveau, je connais très peu de monde, mais je n’ai pas peur, j’ai tellement travaillé pour ça ». Et sur la piste de Linfield University comme en France, Marjorie Veyssière continue, affine sa préparation, travaille encore. Là-bas aux Etats-Unis, le pays du no pain no gain.
