Six pièges de la météo dans le Sancy (Puy-de-Dôme) : savoir les déjouer pour évoluer en sécurité
Premier massif à l’ouest de la France exposé aux flux d’air océaniques, le Sancy est l’un des secteurs de France sur lequel se déverse le plus de précipitations en hiver. Il subit en même temps d’importantes variations météorologiques. De quoi rendre extrêmement piégeuse une montagne pourtant accueillante. Spécialiste de ce massif, le météorologiste Alexandre Letort explique (*).
1. Alternances de neige, glace et pluieLes précipitations sont abondantes dans le massif du Sancy, et particulièrement durant les mois d'hiver, qui sont les plus arrosés : environ 800 mm de précipitations entre novembre et février à la station du Mont-Dore ville contre 600 mm sur toute une année à Clermont-Ferrand ! Mais, ce qui complique les activités et loisirs de montagne, c'est surtout l'alternance des états de l'eau. Les passages entre pluie, neige et glace sont propices aux complications pour qui ne prend pas ses précautions.
« Ce courant d'ouest implique une forte et rapide fluctuation de la masse d’air. Sur quelques heures seulement, on peut passer de la pluie, le matin à toutes les altitudes, à de la neige jusque sous 1.000 mètres », explique le météorologue. Cette neige gorgée d’eau va durcir avec l’abaissement de la température. Le sol peut brutalement devenir traître.
Illustration exercice de secours.
Piège inverse, lorsque la pluie tombe sur un manteau de neige abondant. La pluie humidifie fortement le manteau et l’alourdit. Il y a alors risque de coulées de neige. Typique de cet enchaînement pluie et redoux sur un manteau neigeux : l’avalanche du 5 mars 2006 au Mont-Dore.
2. Glace surprise, même par beau tempsLa glace qui déroule son tapi bleuté là où l'on aurait aimé passer tranquillement, c’est un peu la spécialité du Sancy, même par beau temps.
Au départ, en bas d'un massif enjôleur, on chausse les raquettes ou les skis dans des conditions optimales : soleil et bel enneigement. Mais l’altitude et les redoux avaient peut-être invité la pluie plus haut.
On risque de rencontrer une glace au sol que l’on ne voyait pas. Forcer un passage difficile sans être équipé, c’est risquer de se retrouver dans des conditions accidentogènes à la descente.
Alexandre Letort invite aussi à se souvenir que les conditions en montagne changent parfois très rapidement. Les reliefs du Sancy peuvent rapidement passer de l’eau de pluie à la glace. « L’autre phénomène que l’on a fréquemment, c’est la bruine verglaçante, vers 1.500 mètres, en périodes de redoux. Quand la température s’abaisse vers 0 à - 1 °C, les précipitations liquides gèlent instantanément dès qu’elles touchent un obstacle.
Cela ne donne pas seulement du givre, mais aussi une croûte de regel au sol. Elle bloque le risque d’avalanche, mais donne un sol instable. »
3. Perte rapide de visibilitéDans ce massif géographiquement isolé, on peut perdre toute visibilité en quelques minutes.
Les conditions peuvent aussi être extrêmement différentes selon les versants auxquels s’accrochent les nuages. Par exemple, un vent de Nord-Est donnera un beau temps sur Chastreix-Sancy, mais des nuages à Super Besse. Sous flux d’Ouest dominant, le ciel sera plutôt dégagé à Chambon-sur-Lac, mais on risque de ne rien voir en cœur de massif et sur Super Besse et Le Mont-Dore.
4. Les dangers du vent fortUn vent à 100 km/h, c’est presque banal en hiver sur les crêtes du Sancy. Et ça peut durer pendant des jours, plusieurs fois par an. « On a aussi régulièrement des rafales à plus de 150?km/h sur les sommets et les versants bien exposés. Et déjà 120 km/h ce vendredi 21 janvier à la station de Chastreix-Sancy, à 1.400 mètres d’altitude », cite le météorologue.
Ce vent fort va avoir plusieurs impacts sur les risques dans ce massif. Il peut notamment transporter la neige vers les versants dits sous le vent. Un fort vent d’Ouest sur les crêtes va, par exemple, créer et tasser des amas neigeux sur les versants Est.
Les crêtes du Val de Courre peuvent ainsi se retrouver fortement chargées de neige. Si le manteau neigeux est fragile en dessous, on voit la formation de plaques à vent qui peuvent rompre en avalanches.
5. Attention à l’indice de refroidissement éolienL’indice de refroidissement éolien (plus connu comme la température ressentie) est un outil très utile en montagne pour éviter une exposition au froid qui peut devenir dangereuse. Sous l’effet du vent, la température à laquelle est exposée le corps peut être très inférieure à la température de l’air.
Ainsi, classiquement dans le Sancy, une personne qui se balade à - 15 °C de température réelle, mais avec un vent de 100 km/h, peut classiquement être confrontée à un indice – 30. Attention ce n’est pas une température mais un indice de gel de la peau : « à partir de l’indice – 25, le risque de gel de partie de corps exposée survient en 10 à 30 minutes », simplifie Alexandre Letort.
6. Temps calme ne veut pas dire sans dangerBeau temps, gros pièges ! Lorsqu’il fait doux, ce qui arrive désormais souvent en hiver, le bel enneigement se charge d’humidité.
Sous le soleil du début d’après-midi, il tend vers la « soupe ». Mais l’apport de chaleur disparaît avec le soleil. La neige se refroidit. Puis le rayonnement nocturne, qui peut se mettre en place en quelques minutes dès la fin de l’après midi (la neige blanche renvoie le rayonnement), créé un refroidissement rapide.
La neige peut geler même sans atteindre une température négative ! C’est ainsi que les amateurs de randonnée, de ski ou de raquettes à neige se retrouvent piégés par des neiges très dures et glissantes au retour de leurs sorties.
(*) Bulletins météorologiques et conditions de neiges à retrouver tous les jours sur son site Météovergne.
Anne Bourges anne.bourges@centrefrance.com Follow @a_bourges
