À Ebreuil (Allier), un projet de microcentrale hydroélectrique inquiète des riverains et des usagers de la Sioule
L’enquête publique ouverte jusqu’au 30 juin, à la mairie d’Ébreuil, n’a pas tardé à faire des remous. Porté par un investisseur privé, le projet d’implantation d’une microcentrale hydroélectrique en bordure de Sioule, site classé Natura 2000, a déclenché l’ire des riverains et des usagers de la rivière.
Une pétition en ligneFédérés au sein d’un collectif, les opposants ont mis une pétition en ligne. Elle a recueilli plus de 1.200 signatures et, samedi 19 juin, à 11 h 30, un rassemblement contre le projet est organisé sur l’aire des Castors, à Saint-Quintin-sur-Sioule.
Située sur l’autre rive du cours d’eau, la commune du Puy-de-Dôme est également concernée par l’enquête en cours. Elle vise à recueillir les observations du public sur le projet présenté par la SASU Ébreuil Énergie, représentée par Vincent Ferry, un exploitant de microcentrales, en vue d’obtenir de la part du préfet l’autorisation d’augmenter la puissance du Moulin de la Porte.Le Moulin de la Porte, à Ebreuil.Un moulin, situé à Ébreuil, qui ne fonctionne plus depuis le début du XXème siècle mais dont le propriétaire a décidé de louer le droit d’eau et, par extension, la possibilité d’utiliser la force motrice de l’eau sur le barrage de la rivière.
L'électricité serait revendue à EDFSi le projet est autorisé, l’investisseur pourrait installer et exploiter sur le site une microcentrale afin de produire de l’électricité. Elle se composerait de deux turbines capables de générer « une moyenne annuelle de 1.200 Méga Wh, soit 23 % de l’énergie consommée par la commune d’Ébreuil ». Une énergie que le porteur de projet revendrait à EDF.
Le propriétaire du moulin auquel est promis un loyer annuel équivalent à 10% du chiffre d’affaires, trouverait un revenu pour entretenir son bien. « Ce projet m’a paru dans l’air du temps et équilibré », justifie Jean-Gil Orlat.
Des nuisances redoutéesUn point de vue que les riverains ne partagent pas. Ils redoutent au contraire des nuisances sonores, une dévalorisation de leur patrimoine, et craignent que l’équipement représente un « danger » pour les usagers du plan d’eau où la baignade est tolérée.Des riverains affichent leur opposition au projet devant leur porte.
Le lieu d’implantation est, en plus, situé dans le périmètre classé de l’abbatiale Saint-Léger. Sur ce point, l’investisseur assure travailler sur une modification de plan pour construire le bâtiment de la centrale non pas à l’angle du barrage, mais une dizaine de mètres plus loin sur un îlot boisé. « Il n’y aura pas de covisibilité avec les monuments », assure Vincent Ferry.
Des tags et une plainteLe conseil municipal d’Ébreuil vient toutefois d’émettre un avis défavorable au projet, à l’unanimité. Dans le même temps, des tags sont apparus sur des routes de la commune, et sur la boîte aux lettres du propriétaire du moulin qui a porté plainte en gendarmerie.
« Des actes isolés », selon le maire qui a appelé au calme sur les réseaux sociaux alors que l’enquête publique démarre en pleine campagne des élections départementales.
Deux communes défavorables au projetCandidat remplaçant sur le canton de Gannat avec l’Union républicaine pour le Bourbonnais et maire depuis un an, Stéphane Coppin ne veut pas de ce projet en l’état. « Je ne suis pas contre l’implantation d’une microcentrale. Le problème, c’est son emplacement : en plein plan d’eau près de la base de canoë et des habitations. On fait tout pour développer l’attrait touristique de la commune. Ça n’a pas de sens. »La base de canoë à Ebreuil.
De son côté, la municipalité de Saint-Quintin-sur-Sioule a également émis un avis négatif au projet, à l’unanimité, et le maire Christian Raffier envisage d’aller plus loin. « Pour installer les turbines de la microcentrale, le promoteur n’a qu’une seule issue : ses camions doivent passer par notre parc des castors, une magnifique aire de jeux que les habitants apprécient. On ne peut pas laisser faire ça. Nous ne lui donnerons pas cette autorisation. »
Les communautés de communes Combrailles Sioule et Morge et Saint-Pourçain Sioule Limagne se prononceront à leur tour sur le projet les 24 juin et 8 juillet, en conseil communautaire.
Estelle Dissay et Arthur Cesbron
Enquête publique =>> Le commissaire enquêteur sera en mairie d’Ébreuil, mardi 22 juin, de 10 heures à midi, et mercredi 30 juin, de 14 heures à 17 heures.
Pétition =>> Sur le site change.org
