Élections régionales : dans les Hauts-de-France, un scrutin ch’ti à l’accent très national
Mercredi 9 juin, lors du débat réunissant sur LCI les têtes de liste aux élections régionales dans les Hauts-de-France, Xavier Bertrand, le président sortant de la région (ex-Les Républicains, LR), a eu de vifs échanges avec son principal adversaire, Sébastien Chenu, le candidat du Rassemblement national (RN). Pas étonnant. Les deux hommes sont désormais au coude-à-coude dans les sondages. Sans compter que l’ex-poids lourd de LR a lié sa candidature à la présidentielle 2022 à sa réélection le soir du 27 juin.
Sept listes et des poids-lourds du gouvernementSept listes ont été déposées pour cette bataille aux allures de laboratoire de la future course à l’Élysée. Absente de l’hémicycle régional depuis six ans – elle s’était désistée en faveur de Xavier Bertrand afin de faire barrage au Front national –, la gauche a la particularité de se présenter unie à ce scrutin. Ce qui constitue une exception au niveau national, l’eurodéputée écologiste Karima Delli ayant réussi à rallier autour de sa candidature le Parti socialiste, le Parti communiste, Europe Écologie Les Verts, la France insoumise et les Radicaux de gauche.
Professeur de sciences politiques à l’université de Lille, Rémi Lefebvre estime que l’union de la gauche n’a pas créé de dynamique de campagne. « Créditée d’un score de 20% dans les sondages, la campagne de Karima Delli ne décolle pas. Après, on peut toujours se demander si l’électorat de gauche va se mobiliser lors du scrutin. Mais il y a le contexte national d’affaiblissement de la gauche. » Selon le politologue, cette incapacité de la gauche, même réunie, à entraîner l’adhésion, a plusieurs explications.
« Déjà, l’électorat de gauche traditionnel – les milieux populaires – vote aujourd’hui pour le Rassemblement national. Mais pour moi, le problème de la gauche est plus profond qu’une simple désunion des partis. La gauche décroche dans la société et on a une droitisation terrible du débat public. Peut-être aussi que cette union est jugée artificielle, comme si l’on mettait ensemble des gens qui n’avaient pas grand-chose en commun. Du coup, l’addition des forces ne se fait pas. »
Du côté de la majorité présidentielle, c’est Laurent Pietraszewski, secrétaire d’État chargé des Retraites et de la santé au travail, qui mène la liste, flanqué de quatre autres membres du gouvernement : le ministre de l’Intérieur, Gérald Darmanin, le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, la ministre déléguée à l’Industrie, Agnès Pannier-Runacher, et Alain Griset, chargé des PME.
En envoyant autant de ministres dans la bataille, Emmanuel Macron a un objectif, analyse Rémi Lefebvre : « Affaiblir Xavier Bertrand pour l’élection présidentielle. C’est une pure stratégie nationale. LREM se fiche des régionales. Pour le pouvoir, les élections locales sont une variable d’ajustement du national. Ou ils font 8 ou 9 % et ils ne peuvent pas se maintenir au second tour, ce qui les arrangerait un peu. Ou ils font un bon score et affaiblissent un peu Xavier Bertrand. Mais, dans tous les cas, ils vont se retirer. LREM envoie des ministres qui ne seront pas élus, simplement pour déstabiliser Xavier Bertrand. Mais on ne peut pas dire que ça marche beaucoup. »
Réalisé à deux semaines du scrutin, un nouveau sondage Ifop-Fiducial pour LCI et Le Figaro, avec La Voix du Nord, livre une photographie inchangée des résultats au premier tour. En revanche, au second, Sébastien Chenu (RN) et Xavier Bertrand sont désormais donnés à égalité en cas de quadrangulaire, rendant la question du retrait de la liste En Marche entre les deux tours plus saillante que jamais… Faux débat, estime Rémi Lefebvre. « Xavier Bertrand ne fera jamais fusion avec eux, sinon il ne sera pas candidat à l’élection présidentielle. Il y aura donc une énorme pression sur LREM, qui va se retirer. Donc LREM pourra dire que c’est grâce à elle que Xavier Bertrand a été élu. Et ce dernier répondra : “Je suis élu et on passe à autre chose.” »
Nicolas Faucon
