« Je ne viens que pour Benzema » : une soirée presque normale au bar devant France-Allemagne à Guéret (Creuse)
« Bon, alors, ça va faire combien ce soir les gars ? » Le match face à l’Allemagne n’a pas encore débuté, l’heure est aux pronostics sur la terrasse du Havane Café, bar emblématique de Guéret. On ne se mouille pas beaucoup : victoire de la France, ou, au pire, un match nul spectaculaire. Cédric n’est pas un fin connaisseur mais il se prête au jeu. « Sincèrement, moi je ne m’intéresse pas beaucoup au foot. Je suis venu avec mes collègues pour l’ambiance. Ce n’est pas grave si je ne vois pas le match. »
Benzema et Pavard en idolesS’il est dos au jeu, d’autres font face à la télévision disposée proche de l’extérieur pour l’occasion. « On a mis en place cette seconde télévision pour permettre aux personnes en terrasse de voir la rencontre. C’est un peu le match test pour nous avant de peut-être faire un autre dispositif », explique Stéphane Besnard, propriétaire de l’établissement. Le Creusois a dû inciter sa clientèle à réserver des places pour cette première soirée tricolore de l’Euro. Certains n’en ont pas trouvé et se sont assis sur le rebord de la terrasse pour vibrer au rythme des réactions des supporters.
À ce petit jeu, les noms de Pavard et Benzema semblent l’emporter sur chaque touche de balle ou action dangereuse. L’occasion de distinguer deux catégories d’amateurs de football. « Moi je viens voir jouer Pavard car je le trouve beau, les autres, je m’en fiche un peu », lance une jeune cliente. Une analyse qui tranche avec celle d’un amoureux du ballon rond et d’un certain joueur. « Je ne viens que pour Benzema, j’adore ce joueur et s’il marque, je me mets à poil. »
Un seul but mais plusieurs émotionsMais l’attaquant des Bleus n’a pas marqué, son but a été refusé pour hors-jeu en fin de match. Un ascenseur émotionnel pour toutes les personnes présentes à l’intérieur et à l’extérieur du bar. Parmi elles, se trouve Eddy. Il n’a eu à faire que quelques dizaines de mètres entre son domicile et son verre de bière servi en terrasse.
« Je vis seul donc plutôt que de regarder le match chez moi sans ambiance je préfère venir ici. C’est quand même plus agréable d’être tous ensemble. »
Sur le contenu du match, le supporter solitaire y va de son analyse. « On va encore battre les Allemands. Ça fait du bien car ce sont toujours des matchs difficiles. Et puis, en plus, ils marquent contre leur camp. C’est un défenseur non ? » Oui le défenseur Mats Hummels a bien poussé le ballon au fond de ses propres filets après seulement vingt minutes de jeu. De quoi éviter une certaine tension devant la rencontre.
Mais l’essentiel est ailleurs pour certains. Anaïs, accompagnée de son amie Marina, s’est mise aux couleurs de l’équipe de France comme en attestent les fausses oreilles suspendues au-dessus de sa tête. Si elle concède ne pas regarder tous les matchs de football, elle aime profiter de l’engouement autour de la sélection nationale.
« Quand c’est la France, il y a un truc en plus. On a davantage envie de s’y intéresser. Mais, ce soir, on a aussi l’impression d’un retour à la normale, de pouvoir profiter sans penser au reste. »
François est dans le même état d’esprit. Avec sa bande d’amis, il s’enivre de l’ambiance, sans modération. « Je suis vraiment tout excité, je ne tiens plus en place. Je ne pense même plus au Covid là. »
Supporter la France avec les gestes barrièresEt, pourtant, le Covid est bien toujours présent. Tables espacées, pas plus de six, masque sur le visage en cas de déplacement, jauge maximale à l’intérieur, les restrictions sanitaires sont bien respectées.
« Ce n’est pas toujours facile à mettre en place mais c’est ainsi. Je pense que l’on peut tout de même passer une bonne soirée. Et si ça permet aux clients d’oublier le Covid le temps d’un match, c’est une bonne chose. »
Le jeune propriétaire pense déjà à l’heure fatidique, celle du couvre-feu. Comment inciter les supporters à quitter Le Havane Café, surtout après une victoire ? « Je pense que ça se fera naturellement. C’est rentré dans les habitudes de devoir être chez soi à 23 heures. » Sur les coups de 22 h 45, la cloche du bar sonne, signalant la fin du dernier service. L’appel à la « tournée du patron » est alors lancé.
Dans la Creuse, les boîtes de nuit voient enfin le bout du tunnel
Mais le patron reste raisonnable et préfère arborer un large sourire. Le coup de sifflet final de la rencontre intervient peu avant 23 heures. Les portes se ferment, les rideaux se baissent et la clientèle se positionne sur le trottoir pour un petit débrief. La plupart sont déjà tournés vers le prochain match des Bleus, ce samedi, face à la Hongrie. Cette fois, ce sera à 15 heures. Une ultime analyse est rapidement faite : « On aura plus de temps pour fêter la victoire après le match cette fois. »
Texte : Alix Vermande
Photos : Bruno Barlier et Daniel Lauret
