Le musicien de jazz ne se produit plus en public mais garde son envie de composer
François Guin, tromboniste inépuisable
François Guin s'est consacré entièrement à sa passion, durant plus d'une soixantaine d'années. Aujourd'hui, installé au Pêchereau, près d'Argenton-sur-Creuse, en vallée de la Creuse, il témoigne d'un parcours riche mais parfois difficile.
D'abord trompettiste, il devient « tromboniste, par goût pour l'instrument mélodieux, comparable au violoncelle », précise-t-il. Il sera également chef d'orchestre.
Dans l'orchestre de Duke Ellington et en studio avec Bill ColemanPour le jeune musicien, la musique est avant tout une multiplication d'expériences et de belles rencontres. François Guin découvre le jazz au lycée avec Marc Laferrière, se forme au conservatoire national de musique, à Paris, aux côtés d'Yvonne Desportes. Il joue pour Johnny Hallyday, Jacques Dutronc, et bien d'autres ; il accompagne Charles Aznavour durant deux ans, dans les années 1960. Il collabore avec de grands musiciens comme Jacques Hélian, ou les pianistes-orchestrateurs-compositeurs Christian Chevallier et Jean-Claude Petit. Il participe à des enregistrements de Michel Legrand. Il fait le tour du monde, joue dans l'orchestre de Duke Ellington et enregistre avec Bill Coleman, Guy Lafitte et Claude Bolling. Il côtoie les plus grands musiciens américains comme Ray Charles et Tony Scott.
Il créé les orchestres les « four bones » d'abord puis « les Swingers », dans la foulée. Avec Les Swingers, il se produit régulièrement au club Saint Germain. Il participe aux plus grands festivals de jazz de l'époque comme celui d'Antibes, où il accompagne Roy Eldridge avec son orchestre.
Sa vie est ainsi faite, de concerts, de travail en studio, d'enregistrement, d'accompagnement orchestral. « Les journées démarraient le matin à 8 heures en studio et se terminaient le plus souvent en concert ou orchestres très tard », se souvient Francois Guin. Tout ce travail est couronné de belles reconnaissances. Il obtient en 1970 le prix Django-Reinhardt qui récompense le musicien de jazz de l'année et la revue Jazz Hot lui décerne le titre de meilleur tromboniste français.
Cette vie de musicien a évolué avec quelques accrocs vite résolus par le contexte favorable de l'époque.
Francois Guin ne compte plus ses nombreuses contributions, dont certaines, lui ont laissé un goût amer. « Il m'arrivait de commander des musiciens pour trois studios différents aux mêmes horaires, ce qui forcement créait des difficultés car j'étais attendu également. Tout cela était difficile à gérer ». « J'ai accompagné l'orchestre de Paul Mauriat au Japon. J'ai réalisé une trentaine de représentations dans ce pays de 1973 à 2005. Ces tournées, certaines l'ont été avec P. Mauriat mais beaucoup l'ont été avec l'orchestre de Raymond Lefèvre car entre-temps, P. Mauriat avait changé unilatéralement ses engagements et ne repartait pas au Japon, ce qui a rompu le lien avec ce dernier durant quelques années. En musique, le rapport humain n'est pas toujours celui que l'on attend ».
Au conservatoire de ChâteaurouxEntre 1985 et 1998, il enseigne au conservatoire de Châteauroux et est à l'origine du grand orchestre Big Band mais aussi du festival de Jazz en sud Berry, Jazz en Brenne, Jazz en Blésois. « L'époque a offert de nombreuses opportunités. Mais durant des années, je n'ai pas pris de vacances car si on était trop absent on risquait d'être oublié ».
Désormais installé en Vallée de la Creuse, il ne se produit plus en public, mais son envie de composer reste intacte. « De nombreux musiciens ont eu l'occasion d'écouter mes créations pour les Swingers, les Four Bones, et pour d'autres orchestres ». Le CD des Swing Bones, baptisé Tribute to François Guin, a été présenté au printemps au Festival de jazz de Brive il y a deux ans,
Toutes ces années lui ont permis ainsi de préparer des professionnels de la musique et de faire aimer la musique à un large public amateur. « C'est un parcours de bonheur que j'ai réalisé dans une belle époque » résume l'artiste.
