Professeur décapité : la haine a été attisée par une famille ayant des liens avec Daech
L’identité de l’auteur de l’assassinat de Samuel P., professeur d’histoire-géographie de 47 ans, décapité en pleine rue, vendredi 16 octobre, en sortant de son collège des Yvelines, a été confirmée ce samedi 17 octobre par le procureur du parquet antiterroriste Jean-François Ricard.
Jean-Francois Ricard, procureur anti-terroristeAbdoullakh Abouyezidvitch A., âgé de 18 ans, est né à Moscou en 2002, il est de nationalité russe et d’origine Tchétchène. Ce jeune majeur était domicilié à Evreux (Eure) et il était inconnu des services de renseignement.
Statut de réfugié pour le jeune TchétchèneSans casier judiciaire, il était cependant connu des services de police pour avoir commis, étant mineur, des « dégradation de bien publics et des violences en réunion ».
Abdoulakh Abouyezidvitch A., comme l’a précisé Jean-François Ricard, bénéficiait d’un statut de réfugié et d’un titre de séjour valable dix ans.
Le procureur est revenu sur l’action des forces de l’ordre qui ont mené à la neutralisation du terroriste et sur le texte de revendication de l’acte « enregistré à l’avance, c’est à dire à midi, sur un compte twitter. Les investigations ont pu confirmer qu'il s'agissait bien d'un compte appartenant à l'auteur des faits ».
Le tweet publié par le tueur, et depuis supprimée par la plateforme Twitter, était des plus explicites : " De Abdullah, le serviteur d'Allah, à Macron, le dirigeant des infidèles : 'ai exécuté un de tes chiens de l'enfer qui a osé rabaisser Muhammad, calme ses semblables avant que l'on ne vous inflige un dur châtiment".
La préméditation et la préparation sont désormais incontestables.
Devant le collège, samediL’individu a rôdé dans l’après-midi devant le collège du Bois d’Aulne, en « demandant aux élèves des éléments lui permettant d’identifier le professeur ». Agressé sur le trajet entre le collège et son domicile, Samuel P. a été poignardé à plusieurs reprises avant d’être décapité.
Alertés par leurs confrères policiers municipaux, qui ont découvert le corps, les policiers du commissariat de Conflans-Sainte-Honorine ont mis en joue le suspect à environ deux cents mètres du collège. Ils ont effectué les sommations d’usage avant de tirer.
Le suspect était armé d’un couteau et d’un poignard et d’un pistolet de type « air soft » : « A terre, il a continué à menacer les policiers avec un couteau », a précisé le procureur. Côté policiers, neuf balles ont été tirées.
Des membres de deux familles en garde à vueUn deuxième couteau, ensanglanté, a été découvert dans une rue proche.
La mort du suspect n’a pas éteint la procédure. L’enquête ouverte vendredi soir par le parquet antiterroriste l’a été pour "assassinat en lien avec une entreprises terroriste et association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes". Ces qualifications ont conduit à placer en garde à vue neuf personnes dont cinq membres de la famille du terroriste neutralisé mais aussi des membres de la famille de l’élève dont le père avait appelé à « sanctionner » l’enseignant, auprès de l'administration, de la police et sur les réseaux sociaux.
Et c’est sur ce volet, que le procureur Ricard a donné des éléments nouveaux.
Il a expliqué que l’enquête avait permis d’établir que Samuel P. ne s’était en aucun cas écarté du programme d’enseignement moral et civique et avait illustré la question de la liberté d’expression en proposant un débat à ses élèves « à partir de deux couvertures de Charlie Hebdo, dont celle publiée au lendemain de l’attentat du 7 janvier 2015 ». Le professeur avait bien proposé aux élèves que ces images auraient pu heurter de détourner le regard, voire de sortir. Ils ne les avait en aucun cas exclu du cours.
Une "histoire" qu'un parent d'élève a fait mousser sur les réseaux sociauxOr, une élève et son père ont construit dans les jours suivants un « récit » très différent, mettant en avant une stigmatisation des élèves musulmans.
Le parent d’élève a mobilisé d’autre parents pour demander des sanctions contre le professeur, et même "son renvoi" obligeant la direction de l’établissement à organiser une médiation. Il a également déposé plainte au commissariat contre le professeur pour « diffusion d’images pornographiques ».
Avant d’être exécuté, Samuel P. avait lui aussi déposé plainte pour diffamation.
En parallèle,le parent d’élève musulman a lancé une véritable campagne sur les réseaux sociaux : des messages et des appels vidéos ont donné des informations biaisées. Des posts où le président Macron était cité. « Le père a dit notamment que sa fille avait été exclue deux jours à cause de cet incident en cours d’histoire, alors qu’elle l’a été pour son comportement dans d’autres cours et des retards », a précisé Jean-François Ricard. Le parent d’élève avait refusé de rencontrer l’enseignant dans le cadre de la médiation organisée par la principale.
Le ministre de l’Education nationale Jean-Michel Blanquer a salué la « réaction » tout à fait appropriée de la cheffe d’établissement qui a réuni les parents et en défendant l’enseignant. Le drame a été déclenché par le fait que l’incident provoqué par les parents est sorti de l’établissement et a été largement diffusé sur les réseaux sociaux .
Un professeur livré à la vindicteLe parent d’élève à l’origine de la contestation a littéralement livré le professeur à la vindicte en diffusant, dans l’un de ses nombreux posts, son identité et l’adresse de l’établissement.
Dans ses démarches, il a été accompagné par un individu repéré par les services de renseignements. Le soupçon d’une action de propagande islamiste délibérément orchestrée est renforcé par ce fait révélé par le procureur, lorsqu’il a évoqué le placement en garde à vue du parent d’élève et de l’individu qui l'a accompagné tout au long de ses démarches contre le professeur : « La demi-sœur de ce parent d’élève a rejoint l’État islamique en 2014 en Syrie et est recherchée depuis. »
Julien Rapegno
