Au lycée Godefroy-de-Bouillon, à Clermont-Ferrand, comment les enseignants et les élèves s'adaptent face au handicap du masque ?
Pour les élèves : des masques qui handicapent...
« Alors vous en pensez quoi du masque ? Vous n’en avez pas marre ? » Ces lycéens, en seconde à Godefroy-de-Bouillon, se regardent. On devine leur sourire. « C’est vrai que ce n’est pas toujours évident pour comprendre, notamment dans certaines matières comme les langues vivantes », expliquent Odin et Nathan. Albane, en option théâtre, renchérit. « Il est difficile, je trouve, de jouer un rôle. Comment faire passer une émotion avec un masque ? »
Le masque : un accessoire utile mais aussi tendance
... et notamment pour Mélie, malentendanteCes difficultés quotidiennes, Mélie les comprend mieux que quiconque. La jeune fille est malentendante. Elle est donc habituée à lire sur les lèvres… Plus que compliqué en ces périodes, que ce soit en classe ou avec ses camarades. « Quand je n’arrive pas à suivre la leçon, je demande les cours des autres. Par exemple, quand nous sommes en labo, et que le professeur est loin, je ne comprends pas tout. Et souvent, j’ai peur de déranger en faisant répéter.
De même, quand nous sommes en groupe, que tout le monde parle, pour moi, l’interaction est difficile. Je suis obligée de m’isoler. C’est beaucoup plus simple en face-à-face.
Pour les enseignants : le port d'un masque inclusif...Des difficultés que l’établissement clermontois a largement anticipées. En effet, tous les enseignants de la classe de Mélie portent des masques inclusifs permettant de voir la bouche, fournis par Michelin, afin que la jeune lycéenne puisse avoir recours à la lecture labiale. Un outil indispensable selon Nathalie Chapel, responsable de la plateforme ressource Atelier de pédagogie potentielle. « Pour Mélie, bien sûr, mais pas seulement. Pour tous les autres élèves !
Car on lit tous sur les lèvres, on décrypte tous les expressions faciales. Je me suis rendu compte que l’ironie et l’humour ne passaient pas avec le masque. Je dois souvent dire aux élèves : “je plaisante !”. Le masque nous met tous en situation de handicap. »
... et le respect de consignes essentiellesLes enseignants appliquent donc des consignes essentielles : rester en face-à-face, ne pas écrire au tableau en même temps qu’ils énoncent la leçon, parler un peu moins vite, faire attention aux mots compliqués, envoyer les textes à l’avance, ne pas hésiter à donner des lexiques…
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« C’est contraignant et cela nous demande une vigilance de tous les instants, reprend la référente, également professeur de français. Mais en même temps, cela nous impose d’observer des choses auxquelles on ne ferait pas forcément attention en temps normal. On travaille ainsi l’oral de manière plus précise. Je demande régulièrement aux élèves de venir lire au tableau. C’est un bon apprentissage. »
Pour le lycée : une adaptation positiveEt comme le souligne la directrice du lycée général et technologique, Élisabeth Reichenbach, « cela nous pousse à nous remettre quotidiennement en question, à nous adapter. À nous recentrer sur le cœur de notre métier : la transmission. Nous avons un rôle de modèle. Alors si l’élève voit que l’adulte est en mesure de s’adapter face aux difficultés que pose le masque, il fera de même. »
Marion Chavot
