Le personnel de l'hôpital de Langeac en grève au moins jusqu'au 17 décembre
La ville de Langeac était redécorée, ce jeudi 5 décembre, des banderoles installées à chaque rond-point par une partie du personnel de l'hôpital local. Celui-ci a en effet choisi cette date hautement symbolique de mobilisation nationale pour débuter une grève d'ores et déjà reconduite jusqu'au mardi 17 décembre. "La date du 5 a été choisie en soutien au mouvement national, mais nous mettons en avant des revendications plus locales", précisait Stéphanie Foigne, secrétaire du bureau FO de Langeac, et membre du personnel soignant du centre hospitalier Pierre-Gallice.
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Vers 14 h 30, plusieurs membres du personnel et une partie de leurs soutiens se sont rassemblés dans le hall de l'établissement, le temps d'une lecture, par la représentante syndicale, des revendications défendues et d'un texte écrit par des "soignants en colère", dénonçant une ambiance oppressante et des conditions de travail dégradées, notamment pour des questions de rentabilité.
Si la mobilisation se limitait principalement, continuité du service oblige, à un message "en grève" attaché aux blouses, le mouvement semblait, ce mercredi, bien suivi au sein de l'établissement, qui compte environ 240 salariés. "Plus de la moitié du personnel", certifiait Stéphanie Foigne.
Des remplacements de personnel non assurésDans la liste des revendications présentées à la direction, un thème principal ressortait clairement, ce jeudi : la question du manque d'effectif et de ses conséquences... "Dans les faits, le personnel actuel est suffisant pour faire fonctionner l'hôpital. Si nous n'avions pas d'arrêt de travail..."
Ce que nous dénonçons, c'est le non-remplacement des arrêts, qui se traduit de deux manières différentes : des heures supplémentaires non récupérées et non payées prises sur les jours de repos des personnels ou alors un non-remplacement impliquant de mauvaises conditions de travail
Et la représentante syndicale d'ajouter : "Les agents n'ont plus de vie privée. Ils ont des jours de repos mais ne savent pas ce qu'ils vont faire car ils pourraient être appelés pour un remplacement."
Dans le hall de l'hôpital, Stéphanie Foigne, secrétaire du bureau FO de Langeac, a lu les revendications des grévistes.
Les demandes formulées hier comprenaient donc "des effectifs suffisants pour le remplacement des arrêts et pour l'accueil des nouveaux arrivants" ; le "remplacement systématiques des agents absents (maladie, maternité, congés, formation...)" ; "l'arrêt des heures supplémentaires non récupérées et non rémunérées" ; "l'arrêt des procédures dégradées" ou encore un "respect du personnel".
"Le personnel ne veut plus être considéré comme une dépense et les patients comme une recette", insistait Stéphanie Foigne dans son discours. Le mouvement langeadois reprenait également des demandes portées nationalement, dont le rejet du régime universel de retraite par points et la revalorisation des salaires : "Nous exerçons un métier qui n'est plus attractif. Du coup, c'est le chat qui se mord la queue, on ne trouve plus de personnel..."
Défaut de candidaturesAlpaguée dans son bureau par une partie des grévistes, la directrice du centre hospitalier Pierre-Gallice, Valérie Botte, semblait assez désemparée, ce jeudi après-midi.
J'ai répondu favorablement à toutes les revendications du personnel. Une note de service a été diffusée en ce sens. Mais mon gros problème, c'est un manque de candidatures. On ne trouve pas d'infirmières ou d'aides soignants
"On a un manque de candidatures alors qu'on va même jusqu'à proposer des CDD de quatorze mois, ajoutait l'une de ses assistantes. On a un contrat avec une boîte d'intérim, qui n'a pas de candidatures non plus..."
Des grévistes en chemin pour le bureau de la directrice de l'hôpital, Valérie Botte
Et la directrice de détailler la situation : "Il y a des hôpitaux avec un vrai manque de personnel. Ce n'est pas notre cas. On a un effectif suffisant sauf au niveau des infirmières, mais là c'est lié à des absences longue durée. Trois infirmières, c'est énorme sur un petit effectif comme le nôtre." La chef d'établissement précisait également que "les personnels appelés pour des remplacements pendant leurs repos ne viennent pas pour autant. Jamais on ne les a obligé. Parfois, on n'a donc d'autres solutions que de fonctionner en effectif réduit."
La question de l'activité de l'hôpital se dessinait en arrière-plan de la mobilisation de ce jeudi. Stéphanie Foigne évoquait ainsi une récente "fermeture administrative de dix lits dans l'établissement". La directrice corrigeait : "L'hôpital reste en dotation. Nous ne sommes pas payés à l'acte mais toujours en fonction de notre activité. Et chaque année, le budget alloué à la médecine baisse. Quand on a des lits vides, c'est normal. Il n'y a pas eu de lits fermés. Des chambres ont été fermées car il n'y avait pas assez de demande. Mais c'est une décision qui a été prise en instance. En médecine, on a vingt-cinq lits. On a choisi de fonctionner avec quinze. Mais en cas de besoin, on peut rouvrir les chambres fermées." L'activité Ehpad reste, elle, "correcte", selon la directrice.
Alors que la représentante syndicale annonçait, dans son discours, que la direction était d'accord avec toutes les revendications mais les mettrait en place "si cela était possible", la foule entonnait un "Paroles, paroles..." évocateur. En attendant que ces promesses se réalisent, la grève se poursuit donc au moins jusqu'au 17 décembre.
Et avant qu'un cortège de grévistes ne s'engage dans les rues de la cité Saint-Gal, ce jeudi après-midi, un nouveau rassemblement était annoncé dans le hall de l'hôpital, jeudi 12 décembre, à 14 h 30.
Pierre Hébrard
