A Saint-Laurent (Creuse), le maire se bat pour permettre à une famille de gens du voyage d’être logée dans des conditions dignes
Du concret, c’est bien ce qu’est venu chercher le maire de Saint-Laurent lors de deux journées de formation mises en place par le centre social Tsigane autour d’une grande question : comment répondre aux besoins en habitat permanent des gens du voyage ?
« Des conditions d’extrême précarité »« Je suis là à double titre, explique ainsi Alain Clédière. D’abord parce que je suis en charge de l’habitat et notamment des aires d’accueil sur l’Agglo du Grand Guéret mais aussi parce que je suis confronté à plusieurs situations sur ma commune, dont une en particulier. Celle d’une famille installée dans des conditions d’extrême précarité. »
"Là, cette famille, c’est un couple avec deux enfants scolarisés, il n’y a aucun problème de comportement et ils vivent dans des conditions inacceptables. C’est d’autant plus grave qu’on est sur des enjeux financiers qui sont moindres : l’amélioration du chalet et l’achat d’un mobil-home d’occasion raccordé au réseau d’assainissement sur ce terrain dont ils sont propriétaires"
Installée aujourd’hui sur un terrain dont elle est propriétaire, la famille a construit un petit abri de bois à côté de son mobil-home.
« C’est un terrain que j’ai réussi à raccorder à l’eau et à l’électricité, poursuit le maire. Mais le mobil-home est complètement pourri. Ça fait quatre, cinq ans que je suis sur cette situation. Et ça bloque à plusieurs niveaux : problèmes d’urbanisme, financement du projet. Avec l’Agglo, on a pas mal travaillé sur les solutions qu’on pouvait trouver. »
« Au début, on a pensé leur proposer un logement Creusalis sur la commune mais ils l’ont refusé. Dans un premier temps, j’ai eu un peu de mal à comprendre et c’est tout l’intérêt de cette formation : là, j’ai bien compris qu’en fait, ça ne leur correspond pas, tout simplement. Ils veulent un habitat mobile. »
« On est dans une impasse permanente »« Mais dans un dispositif comme l’Anah (Agence nationale de l’habitat), par exemple, ce type d’habitat n’est pas reconnu. Et il faut donc aller vers d’autres projets. En fait, on est dans une impasse permanente. Alors on fait des réunions, on trouve des pistes et hop, on nous dit : “Ah, mais vous savez bien que ce terrain n’est pas constructible”. »
« Alors que si c’était acté dans un document d’urbanisme… Là, cette famille, c’est un couple avec deux enfants scolarisés, il n’y a aucun problème de comportement et ils vivent dans des conditions inacceptables. »
« C’est d’autant plus grave qu’on est sur des enjeux financiers qui sont moindres : l’amélioration du chalet et l’achat d’un mobil-home d’occasion raccordé au réseau d’assainissement sur ce terrain dont ils sont propriétaires, on le chiffre à 32.000 €. C’est pour tout ça que je suis venu à cette formation : avoir des outils. »
« Ça se fait parce que ça doit se faire »« Lors de cette formation, on a vu pas mal de situations très différentes, poursuit le maire de Saint-Laurent. Mais celle qui me concerne, par exemple, c’est une situation qu’on doit retrouver dans pas mal de communes. On a vu un exemple dans le Puy-de-Dôme, qui est très avancé dans ce domaine, parce qu’il y a deux élus qui sont très impliqués depuis longtemps dans cette problématique. Je n’ai pas l’impression qu’on a ça en Creuse. Je ne suis pas sûr qu’il y ait une vraie concertation ni une vraie volonté. Ça se fait parce que ça doit se faire. »
« On peut aussi avoir des personnes, âgées par exemple, qui n’en peuvent plus de vivre en caravane. Ou d’autres en situation de handicap ou encore simplement parce qu’ils ont envie de se poser dans une maison et qu’ils n’ont pas envie de vivre, comme ça, en communauté. Mais on a aussi des personnes qui ont grandi comme ça, qui aiment se retrouver le soir pour discuter tous ensemble et ils ont peur de perdre ça. »
Entre le besoin de se poser dans une maison, celui d’avoir simplement un terrain adapté pour y poser son mobil-home ou d’avoir des conditions de vie dignes, le panel est large. Les interlocuteurs nombreux. Les clichés aussi.
« Ne plus être dans le bricolage »Et si ces deux jours de formation ont déjà permis de « travailler tous ensemble sur le sujet en utilisant le même langage », ils visaient aussi concrètement à ce que ces besoins en habitat soient « clairement inscrits dans tous les documents d’urbanisme. Il faut trouver des solutions pérennes et légales, ne plus être dans le bricolage ».
Séverine Perrier
