Où en est la procédure de destitution lancée contre Trump ?
Entre les démocrates et les républicains, on s'en doute, la bataille fait rage et va crescendo au fil de la procédure en destitution lancée contre Donald Trump. Dans les deux camps, les experts en droit viennent d'entrer en scène. Ces experts, invités par la majorité démocrate de la Chambre des représentants, ont été contredits par un confrère, convié lui par les républicains, qui a jugé les preuves "insuffisantes" pour mettre le président en accusation ("impeachment"). La constitution américaine prévoit trois motifs de destitution: "trahison, corruption ou autres crimes et délits majeurs".
Donald Trump est dans la tourmente parce qu'il a demandé à l'Ukraine d'enquêter sur Joe Biden, l'un de ses potentiels rivaux pour la présidentielle de 2020. Les démocrates sont convaincus qu'il a abusé de son pouvoir notamment en gelant une aide militaire destinée à cet allié en conflit avec la Russie. Après deux mois d'enquête, ils ont assuré avoir réuni des "preuves accablantes" pour nourrir leur dossier d'accusation. Le président républicain nie avoir exercé des pressions sur Kiev, a encore dénoncé une "blague" démocrate.
Un abus de pouvoir particulièrement grave"Si l'on ne peut pas mettre en accusation un président qui utilise son pouvoir à des fins personnelles, nous ne vivons plus dans une démocratie, nous vivons dans une monarchie ou une dictature", a notamment estimé Noah Feldman, professeur de droit à Harvard, devant la commission judiciaire de la Chambre.
"Si le Congrès ne le destitue pas, la procédure de destitution aura perdu tout son sens, tout comme les garanties constitutionnelles destinées à empêcher l'installation d'un roi sur le sol américain", a renchéri Michael Gerhardt, de l'université de Caroline du Nord.
Pamela Karlan, de l'université Stanford, a elle accusé Donald Trump d'avoir commis "un abus de pouvoir particulièrement grave" en demandant à un pays étranger de l'aider à gagner l'élection.
Une destitution "improbable"Jerry Nadler, qui préside la commission judiciaire, a laissé entendre que d'autres témoins pourraient être auditionnés prochainement, sans en dire plus.
Sa commission, qui est chargée de rédiger l'acte d'accusation du président, envisage quatre chefs: abus de pouvoir, corruption, entrave à la bonne marche du Congrès et entrave à la justice. Si elle les retient, ils seront soumis à un vote en séance plénière à la chambre basse du Congrès, peut-être avant Noël.
Compte tenu de la majorité démocrate dans cette enceinte, Donald Trump pourra être mis en accusation par le Congrès.
Le Sénat, à majorité républicaine, sera ensuite chargé de juger le président et il faudrait une majorité des deux tiers pour le destituer, ce qui paraît très improbable.
Trois accusés, aucun destitué
La "boulette" de Parmela KarlanPamela Karlan a souligné que la Constitution américaine ne donnait pas au chef de l'exécutif le pouvoir absolu d'un roi. "Donald Trump peut appeler son fils Barron, mais ne peut pas en faire un baron", a-t-elle plaisanté en référence au dernier fils du président.
Un enfant "doit être tenu à l'écart de la politique", a réagi sur Twitter sa mère Melania Trump. "Pamela Karlan, vous devriez avoir honte de vos courbettes politiques, évidemment partisanes", a-t-elle encore asséné tandis que l'élu républicain Matt Gaetz l'interrogeait sur ses dons aux campagnes de plusieurs candidats démocrates.
