Cinq Corréziennes expliquent pourquoi elles font grève ce jeudi 5 décembre
En Corrèze, au milieu des manifestants, ce jeudi 5 décembre, il y aura Fabienne, Sylvie, Nadège, Élisabeth et Julie. Cinq Corréziennes qui expliquent pourquoi elles se mettent en grève.
Fabienne, aide-soignanteFabienne Matt est aide-soignante à l’Ehpad de Donzenac. « Je fais grève parce que dans notre profession, on a des retraites assez faibles et qu’avec la nouvelle réforme, les femmes vont être encore plus pénalisées - il ne sera pas tenu compte des congés maternité, des années d’études… Aujourd’hui, on peut miser sur une retraite d’environ 1.000 €, avec la réforme ce sera moins ; même pas le SMIC, c’est pas acceptable ! Et nos enfants, les jeunes qui font des études jusqu’à plus de 25 ans, ils vont finir à plus de 70 ans ! »
« Aujourd’hui, beaucoup de filles partent en préretraite, parce qu’elles sont cassées avant même l’âge du départ à la retraite normal ; elles sont réformées ! Faire quinze toilettes sur une matinée et idem le soir, pour le coucher… Notre secteur d’activité est connu pour enregistrer plus d’accidents du travail que le BTP, c’est symptomatique. »
À force, on va soigner des résidents du même âge que nous ; ça va pas être possible !
Élisabeth, prof d’histoire-géoÉlisabeth, enseignante en Corrèze et syndicaliste Force Ouvrière. « Je serai gréviste le 5 et le 6 décembre. On est plusieurs à avoir compris qu’une seule journée d’action ne suffira pas. On verra en assemblée générale si on reconduit le mouvement ou pas. Mais on est prêts à s’organiser, notamment pour supporter financièrement la grève. Dans certaines écoles, il y a des préavis qui vont jusqu’aux vacances. »
En fait, les collègues sont fatigués, comme à l’hôpital… On a des collègues qui se suicident.
« J’ai 40 ans. Dans le système actuel, si je travaille jusqu’à 64 ans, je toucherai 1.950 euros de pension par mois. Avec la réforme, je passe à 1.400 ou 1.500 euros. Or, tout cela dépend du fameux point, et on sait qu’il va baisser… Je sens que la mobilisation va être forte parce qu’il y a un ras-le-bol général. Sans oublier que si la réforme passe, ils peuvent exploser le statut des fonctionnaires : les pensions sont la dernière chose qui nous y rattache. »
Les manifs en Corrèze.À Ussel, le rendez-vous a été fixé à 10 h 30 pour une marche entre la gare et l’hôpital. À Tulle, rassemblement à 11 heures à la gare pour un départ vers Brive à 13 heures en opération escargot. À Brive, manifestation départementale, départ à 14 heures de la Guierle.
Nadège, avocateMe Nadège Pouget, avocate, bâtonnier du barreau de Tulle. « La réforme veut nous aligner sur le régime général, alors que nous sommes un régime autonome et qu’on s’autofinance. En fait, on veut nous prendre nos réserves et nous, on ne veut pas ! Si on est fondu dans le régime général, on se fait avoir : on devra cotiser deux fois plus, ce qui alourdira de façon exponentielle nos charges, mais pour toucher une moindre pension de retraite. »
Le risque concrètement, c’est de passer d’environ 1.400 € de retraite à un millier d’euros si on est aligné.
« On restera sur la journée du 5 décembre, parce qu’on n’a pas la possibilité de faire plus, vu notre activité. On s’associera sans doute à la journée nationale des professions libérales annoncée pour février, mais on a peur que ce soit trop tard. Nos instances travaillent fermement auprès du gouvernement, mais on est un peu désabusés ; on ne sait pas si on est écoutés. »
Sylvie, conseillère à Pôle emploiSylvie, conseillère à Pôle emploi et secrétaire adjointe de l’union départementale Force Ouvrière. « Je fais grève pour maintenir ce qui existe aujourd’hui. Je ne veux surtout pas qu’on ouvre les pensions à la spéculation. Je veux qu’on maintienne la solidarité entre les générations. Avec la réforme, la valeur du point sera déterminée chaque année par le Président de la République. C’est donc un montant inconnu et variable. »
« Je vais avoir 55 ans. J’ai fait des simulations : avec la réforme, je perds 34 % du montant de ma retraite. Dans le cadre de mon travail, je vois des retraités qui cherchent à reprendre une activité car ils n’arrivent pas à boucler les fins de mois. Qu’en sera-t-il demain ? On ne pourra plus payer la maison de retraite… »
Je suis prête à faire grève autant qu’il faudra. En 95, j’étais dans le rouge… Je ne veux plus de grève à saute-mouton. Il faut bloquer la France.
Julie, guichetièreJulie, cheminote au guichet de la gare de Brive, syndiquée CGT. « Tout ce que je veux, c’est qu’on puisse nous entendre et je ferai tout ce que je peux pour ça. On se bat pour les retraites, mais c’est la goutte d’eau. Je perçois un ras-le-bol général. Je vais perdre entre 400 et 500 euros par mois sur ma retraite, avec la réforme. J’ai 27 ans. En regardant les textes autour du projet, je me dis que je ne suis pas prête de partir à la retraite ! J’ai pris un congé parental, là je suis à temps partiel… »
« En tant que femme, je suis pénalisée par la réforme. Surtout que si on avait l’égalité salariale entre les hommes et les femmes, le problème du financement serait en grande partie réglé. »
Je me pose même la question de savoir si je vais faire un autre enfant !
Blandine Hutin et Pomme Labrousse
