Frappe préventive
La France s'apprête à vivre une de ces journées dont elle seule a le secret. Des transports en commun presque à l'arrêt, des écoles fermées, des services publics en berne et une économie qui tournera au ralenti. Une journée de contestation sociale qui se cristallise autour de la réforme des retraites mais qui en même temps agrégera tous les mécontentements du moment. Des étudiants aux blouses blanches de l'hôpital. Cette journée sera pourtant placée sous le signe d'un grand paradoxe. Alors qu'on nous annonce une mobilisation monstre, une majorité de Français ne dit pas forcément non à une refonte du système des retraites. Ceci dit, nous ne sommes pas à une contradiction près. La rue va s'exprimer sur une réforme qui n'a pas encore fait l'objet d'un projet de loi. Il s'agit en quelque sorte d'une frappe préventive. Elle laisse en tout cas une marge de manœuvre à l'exécutif. Celle d'amender avant d'avoir tranché et de donner ainsi l'illusion d'avoir écouté la complainte d'une partie du pays. Tout dépendra du volume sonore du jour.
L'éditorial
Pascal Ratinaud
