Une famille de la commune de Sainte-Marie (Cantal) recueille un oisillon tombé du nid, le soigne et le sauve
Dans la famille Malbo, je demande le père Guy. La mère Sofia. Et la fille, Jeanne. La famille vit paisiblement dans la petite commune de Sainte-Marie, depuis dix ans, au bout du village, dans l’ancienne école. Ils ont des chats, parce qu’ils « aiment bien les animaux, tout simplement ». Mais ni Guy, ni Sofia, ni Jeanne, elle n’a que 8 ans, ne milite pour la cause animale.Pourtant, le 5 juillet, leur vie va changer. « Avec Jeanne, on se promenait dans le bourg, en fin d’après-midi et là, par terre, le long d’un mur, on voit un petit oiseau mort. Puis un deuxième, puis un troisième et le quatrième, ma fille me dit “regarde, celui-ci, il bouge” ». Sofia saisit alors avec délicatesse l’oisillon dans ses mains et le ramène à la maison, avec la ferme intention de le sauver. Guy, lui, n’y croit pas du tout. « Pour moi, dit-il, c’était voué à l’échec ».Quand la famille Malbo a recueilli l'oisillon, il avait 3 jours à peine. Ils s'en sont occupés comme d'un enfant et l'oiseau a ainsi pu grandir, reprendre des forces, se remplumer et prendre son envol.
Martinet ou hirondelle ?Le couple tente toutefois le coup. Mais de quelle espèce s’agit-il ? Il hésite entre un martinet ou une hirondelle. Quel soin faut-il lui apporter ? Que faut-il lui donner à manger ? Où faut-il le conserver ? Combien de temps ? Pendant que Guy fait d’innombrables recherches sur internet, Sofia, elle, va frapper à la porte de la voisine qui a des canaris pour la dépanner de quelques graines d’oiseau.
En plus, je lui donnais des graines de lin, que je mâchais avant, et il les mangeait
Sofia fabrique aussi un nid douillet à Titi, - « on l’appelait Titi le martinet… C’est pas très original mais bon… »- dans une chaussette, dans une boîte en carton. « La journée, on mettait la boîte sous la lampe de bureau de Jeanne et le soir on lui mettait une bouillotte, sous le panier, pour qu’il ait toujours chaud ».
Mais lorsque Guy trouve les réponses à toutes leurs questions, sur un site allemand très documenté, traduit en français, qui lui laisse penser que l’oisillon recueilli est un martinet noir, il comprend alors que ce migrateur n’est pas un granivore. « Il ne fallait surtout pas lui donner de graines, car ça pouvait l’étouffer, mais seulement des insectes », explique le père de famille qui a beaucoup appris sur cette espèce en lisant toutes les pages, plutôt deux fois qu’une, du site consacré à la sauvegarde du martinet.
A la chasse aux insectesQu’à cela ne tienne ! La famille part à la chasse aux insectes, dans les prés autour de la maison, munie d’un filet de fortune, « que j’ai fabriqué moi-même, raconte Sofia, dans un grand éclat de rire, avec le voile de mariée de ma mère ! ». Et ça marche ! Guy, Sofia et Jeanne capturent des criquets, des mouches et des sauterelles « qu’on met au congélateur pour les étourdir un peu, pour qu’elles ne sautent plus, puis on leur coupe les pattes et on les donne à manger à Titi ». Le martinet se régale et en redemande. Toujours plus. Mais le stock s’épuise. « Alors, explique Guy, j’ai acheté des grillons ». Titi en est friand. Il en mange près de 70 chaque jour, à raison d’une dizaine par repas. Mais des grillons qu’il faut aussi nourrir. Car « un oiseau bien nourri, c’est un grillon bien nourri », précise Guy.
Quelques heures seulement avant son départ...
On le pesait matin et soir, pour savoir s’il se développait correctement et si ce qu’on faisait était bien. J’ai même dû créer un tableau Excel où je notais la date, le poids du matin, le poids du soir et la quantité mangée à chaque repas. Ce qui me permet de vous dire qu’en 43 jours, le temps qu’on l’a gardé chez nous, il a mangé 1.328 grillons ou insectes
À sa première pesée, au bout de 10 jours, « car au début je n’étais pas équipé d’une balance, Titi pesait 28 grammes. Et quand il est parti, il en faisait 37 ».
Le 16 août, premier envolSi la famille Malbo a donc mis sa vie entre parenthèses pendant un mois et demi, vivant au rythme des 6 ou 7 repas quotidiens de Titi, « c’était la priorité », tous savaient pertinemment que leur petit protégé allait bientôt les quitter pour rejoindre l’Afrique de l’Ouest pour
y passer l’hiver, et voler de ses propres ailes. Et ce jour arriva le 16 août.« Il a grossi jusqu’à 47 grammes, car il faisait des réserves de graisse. Puis, il a transformé sa graisse en muscles pour pouvoir voler et il mangeait beaucoup moins. En dix jours, il est retombé à 37 grammes. Là, on a compris qu’il se préparait à partir », se souvient Guy. « On l’entendait faire marcher ses ailes dans la boîte pour se muscler », raconte Sofia.
Puis les choses se précipitent. « Le 15 août, quand on est rentré du feu d’artifice, il n’était plus dans sa boîte. Il était accroché au rideau. Il était prêt. Il fallait qu’il parte. Alors, le 16 août, comme la météo était bonne, toutes les conditions étaient réunies pour qu’il parte, on l’a libéré. On est sorti, on s’est mis devant le mur, Jeanne l’a pris dans ses mains, il a observé l’environnement, il a fait un battement d’ailes, puis il a de nouveau regardé autour, il a refait un battement et il est parti », raconte Guy, avec beaucoup d’émotion dans la voix.
Isabelle Barnérias
