Que faire pour retenir ou attirer les jeunes à Saint-Eloy-les-Mines (Puy-de-Dôme) ?
Les scooters et les petites motos sont stationnés devant le city park de Saint-Éloy-les-Mines. Quelques adolescents, abandonnant leurs sacs de classe, tapent le ballon ; d’autres, assis sur les rambardes, discutent nonchalamment. Nicolas, 19 ans, est le seul majeur de la bande. « J’ai un CAP agricole. J’ai cherché longtemps du travail. Mais comme je n’ai pas le permis, c’est difficile de trouver », explique-t-il.
Il vient de débuter une mission en intérim à Rockwool, l’usine qui, forte de ses quelque 650 salariés, fait vivre le bassin. Mais au mieux, cette mission durera 18 mois. Après ? « Après ? On verra bien. Ça dépendra du boulot. Je ne sais pas si mon avenir est ici. »
Ici comme ailleurs, l’emploi est la clé de toutNombreux sont les jeunes qui, ici, poussent de tels soupirs. Ceux qui s’y sentent bien (« Il y a tout ce qu’il faut, ici, sauf peut-être un Mac Do », affirme Valentin, 15 ans) savent que, peut-être, ils ne pourront pas s’y épanouir à l’âge adulte, s’ils ne trouvent pas l’emploi qui leur correspond.
« On y est bien dans nos Combrailles. Mais on ne vit pas du chant des oiseaux ! », reconnaît Marie-Thérèse Sikora, maire de cette commune de 3.700 habitants.
L’édile est convaincue des atouts de sa ville, de la richesse de sa programmation culturelle ou de son tissu associatif. « On a tous les services et commerces ! » Mais elle ne se fait pas d’illusion pour autant. C’est l’emploi qui conditionne tout. « Les jeunes gens qui partent, je ne sais pas comment les faire revenir. Je ne sais pas faire. »
"Saint-Eloy-les-Ruines"Il faut dire que les Eloysiens apprennent tôt à quitter leur ville. Si des jeunes viennent à Saint-Eloy en raison de leur choix d’orientation, ils sont encore plus nombreux à en partir précisément pour cette même raison. Il n’y a ici qu’un lycée professionnel, installé sur les hauteurs de la cité minière. Les collégiens qui se destinent à des études générales sont obligés d’aller voir ailleurs. Pour eux, cela signifie nécessairement un séjour à l’internat ou de longs allers-retours quotidiens en car, le plus souvent vers Montluçon.
Ce que les collégiens d'Olliergues et de Saint-Eloy-les-Mines ont retenu de leur journée à La Montagne à Clermont-Ferrand
Une valise à la main, Nassim descend à pied du lycée. Interne, il a l’autorisation, ce mercredi après-midi, de rentrer chez lui à Clermont. « Saint-Eloy-les-Ruines », plaisante-t-il avec ses deux copains, Corentin et Théo, tous internes. Leur opinion sur la ville est tranchée et ils la livrent avec bravade : vivre ici est un calvaire qui se superpose à celui des études. « Quand on a une famille, ça doit être bien de vivre là. Mais nous, les jeunes, on a envie de faire la fête et de rigoler. »
Déborah et ses trois amies sont elles aussi internes au lycée Desaix. « Quand on n’a rien à faire, on descend en ville. On achète des trucs à manger et à boire. Et on se pose au plan d’eau ou au city park. » Vivre à Saint-Eloy dans les années prochaines ? « Jamais de la vie ! Y’a rien ici. Le cinéma le plus proche est à Montluçon. Quoi qu’on fasse, on est obligé de prendre la voiture. »
« Y’a rien ici. Le cinéma le plus proche est à Montluçon. Quoi qu’on fasse, on est obligé de prendre la voiture. »
