Ce qu'il pourrait se passer lors de la manif du 23 juin contre la loi Travail
Pas question a rétorqué le gouvernement qui veut se prémunir contre les éventuels débordements qui émaillent généralement le cortège. Comme François Hollande et Manuel Valls l'avaient laissé entendre au lendemain de la manifestation du 14 juin, ce type de défilé sera interdit, a fait savoir la préfecture de police de Paris (PP).
Mais pour l'heure, ce n'est toujours pas le cas. Sur ordre du ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve, la PP a seulement demandé aux syndicats de revoir leurs plans et d'organiser une manifestation statique place de la Nation. Un scénario rejeté par l'intersyndicale qui veut "une opposition dynamique" à la loi Travail. Depuis lundi, c'est donc une négociation ardue qui s'est ouverte entre les deux camps. Une réunion est d'ailleurs prévue en fin de matinée, ce mardi 21 juin, au siège de la PP. A l'issue de celle-ci, l'intersyndicale se réunit au siège de la CGT.
Amende pour les manifestants et prison pour les organisateurs
Habituellement, ces discussions se font loin des micros et des caméras mais elles existent bel et bien. L'itinéraire d'une manifestation, son heure de début et le moment de sa dispersion sont négociés en amont, le plus souvent en bonne intelligence. Ce n'est qu'à l'issue de cette étape et après avoir pris en compte tous les risques de troubles à l'ordre public et les désagréments pour les riverains que le défilé est autorisé ou non par les autorités.
Si la manifestation est interdite, deux options s'offrent aux manifestants:
- Contester l'interdiction devant la justice administrative. En 2013, la Manif pour tous l'avait tenté après que sa demande de défiler sur les Champs Elysées avait été refusée. Le tribunal administratif de Paris avait rejeté le recours, obligeant les opposants au mariage gay à se réunir avenue de la Grande armée.
- Braver l'interdiction et manifester quand même. C'est ce qui s'est produit en mai dernier à l'occasion d'une contre-manifestation organisée le jour du rassemblement policier contre la haine anti-flic. C'est en marge de cette manifestation interdite qu'une voiture de policier avait été incendiée par des casseurs.
Si la position des deux camps n'évolue pas, les syndicats ont l'intention d'opter pour cette seconde possibilité. Lundi, le porte-parole de l'un des syndicats organisateurs confiait au HuffPost que l'intersyndicale avait collectivement décidé de maintenir l'appel à manifester coûte que coûte et de défiler même sans l'autorisation. Ce mardi matin sur France Info, le patron du parti communiste Pierre Laurent a affirmé qu'il répondrait favorablement à cette invitation.
En théorie, prendre part à une manifestation interdite vous fait risquer une contravention de 11 euros. Quant aux organisateurs qui ont fait le dépôt de l'autorisation préalable en préfecture et ont maintenu leur appel malgré l'interdiction, ils risquent six mois de prison et 7500 euros d'amende.
"Si la dispersion n'a pas eu lieu il est fait usage de la force"
Mais les manifestants pourraient-ils seulement quitter la place de la Bastille où le rassemblement aurait lieu? Sur France Info ce mardi matin, un représentant du syndicat de police Alliance (qui réclame par ailleurs un report de la manifestation pour permettre aux forces de l'ordre de souffler) a rappelé que les policiers obéiraient à leur hiérarchie et qu'ils pourraient empêcher un tel départ. "Il faut savoir qu'on intervient sur ordre et il y a une graduation dans l'usage de la force. Il y a des sommations qui sont données et à leur issue, si la dispersion n'a pas eu lieu il est fait usage de la force", a indiqué Stanislas Gaudon, délégué du premier syndicat de police.
Comme leurs collègues du syndicat SGP-Police FO, Alliance est favorable à l'idée d'un rassemblement statique. "Il doit être organisé comme une fan zone", indique Stanislas Gaudon. "Ce type de manifestation est plus facile à encadrer, abonde Nicolas Comte, porte-parole de SGP-Police. Vous pouvez boucler la place, mettre un encadrement policer tout autour et vous avez moins de manœuvre que lorsque vous avez un cortège qui se déplace sur plusieurs kilomètres."
L'autre objectif affiché des autorités est de limiter les dégradations du mobilier urbain et des commerces qui peuvent se trouver aux abords de la manifestation. Mais cela se ferait au détriment de l'ambiance, de l'affluence et de la sécurité des manifestants, selon les syndicats. Ils craignent notamment que des casseurs puissent s'infiltrer dans la place et commettent des violences qui toucheraient les manifestants pacifiques.
Des précédents houleux pour des manifs statiques
Par le passé, manifestation statique n'a en effet pas toujours rimé avec manifestation pacifique. Ce fut particulièrement le cas de deux événements de l'année 2013. Au mois de mars, la mobilisation de la Manif pour tous sur l'avenue de la Grande armée avait été émaillée d'incidents quand des personnes avaient tenté de forcer les barrages de police pour s'infiltrer -malgré l'interdiction- sur les Champs Elysées. La police avait alors du faire usage de gaz lacrymogènes, ce qui avait été dénoncé par des manifestants.
Deux mois plus tard, ce sont les festivités organisées pour célébrer le titre de champion de France du PSG qui ont viré à l'émeute. Une petite frange du public s'était opposée aux forces de l'ordre, vandalisant des arrêts de bus, brûlant des voitures et s'en prenant à des cafés, comme le montre la vidéo ci-dessous.
Des images que l'on a trop vues depuis le début des manifestations contre la loi Travail et dont le gouvernement veut désormais se passer. C'est pour cela que Manuel Valls aurait préféré que la CGT renonce purement et simplement à ces manifestations. "Qu'il ne compte pas là-dessus", a rétorqué Philippe Martinez
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